sexta-feira, 2 de setembro de 2011

Le défi des transports et de la logistique


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Corpus documentaire 



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  Le défi des transports et de la logistique
Le Brésil s'est résolument engagé dans la voie d'un développement accéléré sur la base de la conquête de marchés extérieurs, tout particulièrement tout particulièrement comme débuchés de ses différentes filières agroalimentaires. Il doit également satisfaire les besoins alimentaires croissants d'une population de 196 millions d'habitants dont le niveau de vie moyen augmente.
Or, traverser le Brésil d'est en ouest équivaut à aller de Lisbonne à Moscou et, du nord au sud, à aller de Lisbonne à Bakou ! Les indications de la carte ci-dessous donnent une mesure des ces distances et de ces durées, et, par conséquence, une idée des coûts générés par les transports. Il faut de plus souligner que les temps de transports indiqués sont assez théoriques car ils dépendent de l'état des routes, souvent médiocre et imprévisible, et de la saison, car en saison des pluies les temps peuvent doubler ou tripler.
La prédominance du transport routier résulte de choix délibérés, au cœur du "modèle brésilien de développement". Le maillage des réseaux est fort contrasté. Dans l'État de São Paulo et le nord du Parana où les routes ont repris le tracé des chemins de fer construits sur les interfluves pour écouler le café, le réseau est dense. Inversement, les réseaux deviennent très lâches dès qu'on passe la frontière du Mato Grosso do Sul dont l'axe principal est le chemin de fer vers la Bolivie, doublé par une route et un gazoduc.
Or, les fronts pionniers s'éloignent largement des zones facilement accessibles en s'enfonçant dans le centre du pays, loin des zones de consommation et des ports. Le déficit en réseau de transport renchérit ainsi les coûts, allonge les délais, pose de délicats problèmes de stockage, conditionnement et réfrigération. Aussi, le Brésil doit relever ces défis s'il veut tenir ses ambitions et ses promesses de "global trader" de l'agro-alimentation dans le monde.
Distances et temps des transports
routiers sur le territoire brésilien


Si le gouvernement Lula a mis en œuvre, depuis 2007, un vaste plan d’équipements, le Brésil souffre encore de l’insuffisance de ses infrastructures. Il est ainsi quatre fois plus coûteux de faire parcourir 100 kilomètres à un chargement de céréales au Brésil qu’aux États-Unis, du fait, entre autre, de l’état dégradé de certaines routes ou de la faible profondeur de certains ports d’exportation.
La réalisation et l'entretien des routes brésiliennes :
un défi coûteux


Cliché : H. Théry, le xxxx.
L'image en plus grande dimension

Route dans le Mato Grosso, entre Cotriguaçu et Jurunea. Ouvertes au bulldozer dans le forêt primaire, ces routes sont à la fois un exploit technique et humain, et une menace écologique et sanitaire : les passages en remblai à travers les igarapés (affluents secondaires) créent des retenues d’eau stagnante qui favorisent
la diffusion de la malaria.


 9°54'0.03"S / 58°24'44.79"O


Cliché : H. Théry, le xxxx.
L'image en plus grande dimension

La BR-319 (Porto velho-Manaus) coupée par les pluies entre Porto Velho et Manaus. Un nouveau goudronnage et un renforcement des ponts et des buses qui laissent passer l’eau sous la route (deux d’entre elles sont visibles sur l’image) sont en cours de réalisation, pour pouvoir relier de nouveau Manaus au reste du pays.


 8°24'35.35"S / 63°59'21.75"O
Dans le contexte des ambitions agro-exportatrices régionales et mondiales du Brésil, les synapses portuaires ont un rôle déterminant à jouer et ils sont souvent l'objet de projets d'extension ambitieux. Ainsi, à 40 km au sud de Recife, le complexe portuaire de Suape où de très nombreuses entreprises se sont installées. Une minoterie y sera la plus importante d'Amérique du Sud, transformant en farine plus d'un million de tonnes de blé par an.
Des sites portuaires stratégiques mais saturés ou mal connectés
Près de 2 500 km séparent la commune de Sorriso (Mato Grosso) qui occupait le premier rang national pour la production de soja en 2002 de Santo Angelo (Rio Grande do Sul) qui avait le même rang en 1977 !
L'un des principaux problèmes que doivent affronter les producteurs de soja du Mato Grosso, c'est l'écoulement de leur récolte en raison de la distance qui les sépare du principal port exportateur, Paranaguá, sur l'Atlantique au sud du pays. Il avait été choisi et équipé pour exporter le soja lorsque l'essentiel de la production se faisait dans le Sud. Mais les zones productrices se sont éloignées (voir : Les dynamiques de l'agriculture brésilienne) et, de plus, le port est totalement saturé, les camions de soja attendent des heures au bord de la route pour y accéder. Le jour où la photographie a été prise, la file s'étirait sur 38 km mais il arrive qu'elle dépasse 100 km !
Aussi des lignes ferroviaires ont dû être construites ou relancées pour s'approcher des zones de production : elles arrivent actuellement à Rondonópolis dans le sud du Mato Grosso. Un port céréalier a été réalisé par le groupe Maggi à Itacoatiara, sur l'Amazone, en aval de Manaus, desservi par des barges fluviales descendant le rio Madeira au départ de Porto Velho (Rondônia). Cette voie permet d'écouler le soja en direction des marchés européens et japonais.
Santarém, sur l’Amazone, est aussi devenu un port d'embarquement du soja. Construit par la Cargill (dont le nom est visible sur le toit de l’entrepôt de l'image Google Earth), il est situé au débouché de la BR-163 qui draine la production d'un vaste front pionnier dans l'État du Para. Elle devait être goudronnée mais après dix ans de discussions, elle ne l’est toujours pas et le port est principalent alimenté par des barges qui descendent le Madeira et l’Amazone.


 Pointeur .kmz sur Paranaguá
(25°32'35.61"S / 48°41'27.73"O)



 Pointeur .kmz sur Santarém
(2°24'53.78"S / 54°44'9.27"O)
Des camions chargés de soja en attente près du port de Paranaguá (Paraná)




L'image en plus grande dimension

Embarquement du soja à Santarém,
sur l’Amazone



L'image en plus grande dimension

Clichés : H. Théry


Dans la page de corpus documentaire
"Les dynamiques des fronts pionniers amazoniens" voir l'encadré (Rubén Valbuena) :
Dynamiques territoriales en Amazonie.
Le cas de la région de Santarém (Pará)
,

Le défi n'est pas uniquement celui du transport mais aussi celui du stockage. On peut en effet constater que les foyers urbains qui jalonnent la BR-163 se dotent rapidement d'entrepôts, comme c'est, ci-dessous, le cas d'Ovetril, à Sorriso, bien identifiable sur l'image Google Earth ci-dessous.
Zone de logistique et d'entrepôts le long
de la BR-163 à Sorriso 




Zoom sur l'aire de stockage Ovetril 



 Pointeur .kmz sur les silos d'Ovetril, Sorriso (Mato Grosso), 12°33'25.76"S / 55°42'51.38"O
Ovetril, producteur brésilien d'huiles végétales, a augmenté sa capacité de stockage de récoltes de 270 000 tonnes en 2007 alors que sa capacité avoisinait 165 000 tonnes jusque là. C'est à Sorriso, municipalité du centre-ouest du Mato Grosso, que la société a construit quatre nouveaux silos destinés, dans l'immédiat et en situation d'urgence, au stockage du maïs. Une partie de la récolte 2005/2006 de maïs avait dû être stockée sur champs par manque de capacités de stockage en silos. Des problèmes de ce genre pourraient se reproduire du fait de la croissance rapide des volumes produits.
Les distances, goulet d'étranglement de la production d'agrocarburants 



Parmi les grands programmes nationaux de désenclavement, peuvent être évoqués le Projeto de Integração Nacional qui avait été lancé en 1970. Plus récemment le programme Avança Brasil 2000-2003 lancé par le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso ainsi que le programme "Brasil para todos" du gouvernement Ignacio Lula Silva. Ces programmes de planification pluriannuels visent à "l'intégration nationale" par la construction massive d'infrastructures de transport et de communications (ports, routes, aménagement des cours d'eau) afin de s'approprier et de valoriser l'espace national, mais aussi afin de rediriger les populations sans terres vers les frontières agricoles (Bret, 1997 ; Droulers, 2001). La construction de routes, et, surtout, leur bitumage, ont pour corollaire la déforestation accélérée. Le bitumage de la Transamazonienne, commencée sous la présidence du Général Médici (1969-1974) afin de relier le Pérou à l'Atlantique en traversant la forêt brésilienne d'est en ouest, a été relancé par le programme Avança Brasilet il faudra en mesurer les impacts.
Le cinéma, un support pour découvrir les réalités brésiliennes
La production cinématographique, brésilienne ou en co-productions, a toujours été remarquée sur la scène internationale. Une part de cette production témoigne des réalités politiques, sociales et économiques du pays. C'était le cas, dans les années 1960, du Cinema Novo. C'est encore le cas de films plus récents dont certains sont particulièrement évocateurs des pratiques territoriales autour de la route et des évolutions qui lui sont associées. On peut en mentionner deux, parmi d'autres.

Ainsi, "Puisque nous sommes nés", un film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana (production franco-brésilienne) dont le seul synopsis est évocateur : "Brésil, Nordeste, Etat du Pernambouc. Une immense station-service, au milieu d’une terre brûlée, traversée par une route sans fin. Cocada et Nego ont 13 et 14 ans. Le premier veut devenir chauffeur routier. Il dort dans une cabine de camionneur. La journée, il rend service et fait des petits boulots. Son père est mort assassiné. Mineiro, routier, est comme un père de substitution, qui prend le temps de lui parler. Nego, lui, vit dans une favela entouré d’une nombreuse fratrie. Après le travail aux champs, il rôde avec Cocada à la station-service, fasciné par le mouvement des voyageurs. Tous deux s’interrogent sur leur identité et leur avenir, dont la seule perspective est la route vers São Paulo, nirvana situé à 3 000 km de là."

Des pistes pour l'exploitation pédagogique du film :
www.cndp.fr/.../actualites/eleve/cine/selections.htm

"La Terre des hommes rouges" (titre original : Birdwatchers) de Marco Bechis (production italo-brésilienne), porte avant tout sur la situation des peuples indigènes, en l'occurrence guarani-kaiowá, confrontés aux mutations de leur environnement et aux nouvelles composantes de la société brésilienne. Mais, là aussi, la route est un lieu important dans la mise en scène : "Une tribu d'indien d'Amazonie décide de quitter sa réserve pour s'installer sur la terre de leurs ancêtres, aujourd'hui défrichée. Ils installent leur campement au bord d'une route, ... "

Pour une exploitation éducative du film :
www.ocean-films.com/laterredeshommesrouges
www.zerodeconduite.net/.../Film=La+Terre+des+hommes+rouges

Compléments documentaires : Hervé Théry

Conception, synsthèse documentaire, édition web : Sylviane Tabarly

pour Géoconfluences, le 15 mai 2009
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Mise à jour :   15-05-2009
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S'informer : le dossier scientifique 


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  Le Brésil acteur et stratège dans les négociations agricoles internationales 
(Martine Guibert [1])

L’arrivée au pouvoir de l’équipe de Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula, a coïncidé avec le démarrage effectif, en 2001, du "round du Millénaire" (ou cycle de Doha) de l’Organisation mondiale du commerce (voir l'encadré "Autour de l'OMC, quelques repères, infra). L’OMC, qui est, depuis 1995, le lieu privilégié de discussions et de suivi des règles du commerce international, scande ses travaux par des cycles de négociations qui sont l’occasion d’avancer vers la libéralisation croissante des échanges commerciaux. Dans le cadre de ce cycle de Doha, commencé fin 2001 et qui n’a pas pu se conclure en 2006, comme prévu, mais également à l’occasion d’autres négociations, entre le Mercosur (voir l'encadré infra : quelles logiques d'intégration régionale ?) et l’Union européenne (UE) par exemple, les discussions portant sur le dossier agricole sont les plus ardues et les plus conflictuelles. Forte d’une puissance agro-exportatrice en expansion et de généreuses potentialités productives, la diplomatie commerciale brésilienne avance des positions offensives, pour son propre compte et au nom du G20 (voir l'encadré infra : "Jeux d'acteurs, alliances, concurrences et antagonismes"), groupe d'une vingtaine d'États, dont l'Inde, l'Afrique du Sud et la Chine, partisans au nom de l’ensemble des pays du Sud d'une libéralisation agricole poussée et de l’élimination totale et immédiate des subventions aux exportations, le "groupe de Cairns" poussant à l’extrême la demande de libéralisation agricole.

Toutefois, des facteurs limitants et des contradictions voilent l’action du Brésil, aussi bien sur le plan externe (divergences avec des pays du Sud) que sur le plan interne (questions récurrentes de la (re)distribution de terres et du soutien à l’agriculture familiale, problèmes environnementaux). Les rendez-vous internationaux et électoraux doivent prendre en compte le dossier agricole et rural déterminant pour le développement socio-économique et territorial du géant sud-américain.
Autour de l'OMC, quelques repères
Des premiers pas de l'OMC au cycle de Doha

L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), créé en 1947, ne devait avoir qu’un caractère provisoire et ne bénéficiait pas d’un statut d’organisation internationale. Il a néanmoins fallu attendre la rencontre finale de son huitième cycle de négociations (Uruguay round) à Marrakech (Maroc) en avril 1994, pour que soit décidé la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui entrera en vigueur le 1er janvier 1995 à Genève.
L'OMC élargit le champ de négociations aux secteurs des services, de la propriété intellectuelle. L'Acte final de la conférence de Marrakech intègre une foule d’accords sectoriels (textile, etc.), dont le fameux Accord sur l’agriculture (accord dit de Marrakech).
Après l'échec de la conférence de Seattle, en novembre 1999, où les pays membres de l'OMC n'avaient même pas pu s’accorder sur l’ordre du jour, la quatrième conférence de l’OMC à Doha (Qatar, novembre 2001), a permis de lancer un nouveau cycle de négociation, dit "cycle de Doha" ou "round du Millénaire", particulièrement centré sur les négociations agricoles.

De la conférence de Doha (2001) à l'accord-cadre de juillet 2004
Cette conférence ministérielle de Doha avait l'objectif de parvenir à un accord sur des formules et autres "modalités" favorisant la libéralisation des échanges entre les pays membre, au plus tard pour le 31 mars 2003. En fait, cette échéance n’a pas été respectée et, après l’impasse constatée à l'issue de la cinquième Conférence à Cancún (Mexique, septembre 2003), les membres de l'organisation se sont entendus sur un accord-cadre dans les principaux domaines (marchés agricoles par exemple), finalement approuvé le 1er août 2004. Ce cadre devait servir de base pour négocier ultérieurement des "modalités" plus détaillées. L’annexe de sept pages contenant le cadre sur l’agriculture présente des ébauches de solutions pour réduire les obstacles à l’importation, les subventions à l’exportation et le soutien interne (voir le glossaire).
L’accord-cadre comprenait également des décisions prises au titre de certains piliers (voir le glossaire), telles que l’abolition de toutes les formes de subventions aux exportations agricoles à une date fixée, ainsi qu’une réduction substantielle du soutien interne à l’agriculture, source de distorsion au commerce et à la concurrence. En outre, le texte de cet accord définissait ainsi le "parallélisme" : l’élimination des subventions directes à l’exportation doit s’accompagner de l’élimination des éléments de subvention que sont le crédit à l’exportation, l’aide alimentaire et les exportations des organismes de commerce d’État.
L'accord-cadre s'accompagnait aussi de progrès enregistrés sur la question des graves déséquilibres dont se plaignaient de nombreux pays en développement entre les dispositions qui leur sont applicables et celles qui sont applicables aux pays développés. D'où l'identification de "produits sensibles", décrits de façon assez détaillée dans les textes examinés à l’époque, et de "produits spéciaux" évoqués, mais sans description aussi détaillée, dans les dispositions concernant les pays en développement.

États-membres de l'OMC : en 2009 l'OMC regroupe 153 pays membres. La Chine y a adhéré en 2001, le Brésil et l'Inde en 1995. Mais des pays importants restent à sa porte, telle que la Russie.
Accord sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires (Accord SPS) / Codex alimentarius / Mesures globales de soutien (MGS) / multifonctionnalité / Organe de règlement des différends (ORD) / Trois "piliers" / Traitement spécial et différencié (TSD) / Traitement préférentiel / Système de préférences généralisées (SPG) / consensus de Washington
Voir :
> le site officiel de l'OMC : www.wto.org/indexfr.htm
> le dossier que la Documentation française a consacré à l'OMC :
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/omc/index.shtml
> le dictionnaire des termes commerciaux du Système d'information sur le commerce extérieur de l'OEA : www.sice.oas.org/dictionary/AG_f.asp
Synthèse documentaire : S. Tabarly
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Le Brésil, acteur incontournable du marché agricole mondial
À la conquête de nouveaux marchés

Le Brésil est devenu le troisième exportateur agricole mondial, aux côtés des États-Unis et de l’UE. Avec un taux de croissance annuel moyen de 6,4% (en valeur) entre 1990 et 2003, contre 5,3% pour l’Argentine ou 3,2% pour l’UE (étude d’Icone, 2005), les ventes de produits agricoles et agroalimentaires s’inscrivent désormais parmi les postes les plus dynamiques des exportations brésiliennes (Icone, 2005). Selon l’OMC et les organismes de statistiques brésiliens comme la Funcex, elles totalisent en valeur environ un tiers de l’ensemble des exportations brésiliennes (le ministère de l’Agriculture estime cette part entre 40 et 45% des exportations totales) et figurent devant celle des biens industriels, secteur également en forte progression (Markwald et Ribeiro, 2005). Ces performances permettent une balance agricole positive, l’excédent commercial (différence entre la valeur totale des importations et celle des exportations) ayant été en 2006 d’environ 45 milliards de dollars FOB (données Association du commerce extérieur du Brésil)

La diversification des destinations des productions brésiliennes est également remarquable : ainsi, entre 1996 et 2004, les marchés russe, chinois, indien ou, encore, sud-africain ont crû en valeur de plus de 17% en moyenne annuelle, ceux des pays moyen-orientaux de plus de 13,5%, le Japon et la Corée de plus de 3,8%. Parmi les clients traditionnels, seule l’UE affiche une progression encore importante (+3,5%) alors que les achats des États-Unis ont tendance à stagner (-0,1%). Au final, les achats de la Chine, de l’Europe orientale et de certains pays africains et centro-américains sont passés, entre 1998 et 2004, de 18% à 28% du total des exportations agricoles du Brésil, tandis que la part des achats des partenaires traditionnels (Mercosur, UE, Communauté andine des nations, États-Unis, Canada, Japon, Mexique, Chili) sont passés de 80% à 70% (Markwald et Ribeiro, 2005).

Parmi les biens agricoles proposés par le Brésil se détachent en tout premier lieu les trois produits dérivés du soja : les graines non transformées (premier fournisseur mondial avec 40% du marché), les tourteaux et farines (deuxième exportateur avec environ un tiers des ventes) et l’huile brute, ont rapporté en 2006 un peu moins de 10 milliards de dollars, soit un quart de l’excédent agricole du pays. Les viandes ont connu une forte progression, hissant le Brésil à la première place (environ 25% du marché mondial) pour la viande bovine (30% du marché) et pour la viande de poulet (environ 40%). Il en est de même pour le sucre dont les exportations se sont envolées (30% du marché mondial) et s'accompagnent de la vente croissante d’éthanol (voir en corpus documentaire Biocarburants, agrocarburants, des filières en forte croissance). Le coton entre, avec le maïs, la viande porcine, les produits laitiers, certains fruits, dans la catégorie des biens à forte croissance d’exportation à côté des ventes classiques de café, jus d’orange et tabac.

Si le début des années 2000 présente une croissance soutenue des exportations agricoles et agroalimentaires brésiliennes, en revanche, depuis mi-2008, une tendance à la baisse s’est installée, directement liée au marasme économique mondial et à de nouvelles dispositions commerciales (moindre achats de viandes, par exemple de la part de la Russie ou de l’Europe) (Nassar, 2009). La Chine, désormais premier partenaire du Brésil pour l’ensemble de ses échanges commerciaux, s’impose pour ses achats de produits dérivés du soja (Le Monde, 08/05/2009).
Le marché mondial de viandes bovine et de volaille :
stocks aux exportations et aux importations




Cartes : © Géoclip. réalisation H. Parmentier. En rubrique "savoir faire" : 

Réaliser des cartes thématiques, le Brésil dans le système agroalimentaire mondial
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Les facteurs nationaux de progression de la production agricole


Le Brésil bénéficie, au début du XXIe siècle, d'une période de développement agricole qui repose sur la mise en valeur de ressources nouvelles et un appui soutenu de l’État fédéral. Alors que l’agriculture et l’élevage restent l’activité de base des grandes régions du Sud (terres froides gauchas) et des bassins productifs du Centre-Est et du Nord-Est (productions de café et de citron, plantations de canne et de coton), l’avancée des fronts pionniers amazoniens, toujours plus avant au cœur du bassin forestier, et la mise en valeur des terres de savane du Centre-Ouest (États du Mato Grosso, Rondonia, Acre, etc.) portent l’accroissement de la production des grandes cultures. Le vecteur de cette expansion spatiale est, en règle générale, le soja et, de plus en plus, la canne à sucre pour l’obtention d’éthanol. Dans le cas des grandes unités productives des cerrados, les terres sont mises en culture par des entrepreneurs agricoles qui opèrent sur de grandes surfaces et travaillent pour les marchés national et mondial. Parfois, ils se chargent eux-mêmes, en accord avec les gouvernements locaux, de l’implantation de la logistique nécessaire à l’exportation de leur récolte (installations portuaires, route, silos, etc.).
Les évolutions de l'élevage bovin et de la culture du soja

Voir :
Dynamiques foncières et agricoles au Brésil (Ludivine Eloy, Jean-Philippe Tonneau, Pablo Sidersky): Les politiques publiques de réforme agraire et leurs impacts, la politique des assentamentos.
Les dynamiques de l'agriculture brésilienne (Hervé Théry) : les fronts du soja, de l'élevage, etc.
Identifier et analyser les marqueurs spatiaux des fronts pionniers brésiliens, en rubrique "savoir faire" (P. Gautreau, S. Tabarly)
Les estimations officielles de l’Embrapa (Empresa brasileira de pesquisa agropecuaria, centre national de recherche agronomique, équivalent de l'INRA au Brésil) avancent la disponibilitépour l’agriculture stricto sensu (en récupérant des terres d’élevage dégradées ou en mettant en culture les terres défrichées) d’une cinquantaine de millions d’hectares (voire davantage). L'incorporation des terres du Centre-Ouest repose sur l’adoption de méthodes de production et de technologies intensives, mises au point par l’Embrapa, centre national de recherche agronomique, et par les sociétés privées de l’agro-fourniture (entreprises brésiliennes et filiales de firmes multinationales). Ce paquet technologique de dernière génération associe, assez souvent, la pratique du semis direct, considérée comme moins coûteuse et plus propice à la protection de sols, et l’utilisation, par des producteurs technicisés et productivistes, disposant du capital financier nécessaire, grâce, souvent, au soutien des banques, de produits phyto-sanitaires et de semences adaptées au climat tropical, éventuellement transgéniques (voir l'entrée OGM du glossaire).  C’est une agriculture de type intensif et de type entrepreneurial qui est en cours de développement au cœur du territoire brésilien, sur la base de la disponibilité d’immenses superficies et de techniques sans cesse modernisées.

D'autres facteurs expliquent l'avancée agricole pionnière vers le Nord du territoire national. Dans un contexte macro-économique stabilisé, l’État fédéral poursuit une politique de financement des campagnes productives à travers des outils comme la garantie des prix des cultures vivrières, une politique de stockage par l’intermédiaire de la Conab (organisme d’Etat de régulation des volumes mis en marché à l’échelle nationale), des crédits bonifiés ou, encore, la renégociation des dettes des producteurs. Regroupées dans le Plano agrícola e pecuário, ces mesures ont bénéficié, pour 2005-2006, d’un budget de 15 milliards de dollars. En outre, l’État fédéral participe au montage financier pour la construction d’infrastructures de communication (exemple de la voie ferrée Ferronorte) et il poursuit le programme de soutien à l’agriculture familiale (Pronaf), dont le budget s'élevait, en 2005-2006, à 3 milliards de dollars (Agroanálysis, juillet 2005).

Pour la campagne agricole 2008-2009, le gouvernement fédéral avait prévu de consacrer, si l’on considère dans son ensemble, la politique agricole brésilienne (plan agro-pastoral, programmes en faveur de l’agriculture familiale, etc.) 48 milliards de dollars, dont 8 pour le Pronaf. En forte hausse, ce budget devait aussi servir à subventionner l’achat de machinerie, la production nationale d’intrants et leur affrètement jusqu’au Centre-Ouest. De plus, une partie devait être consacrée à l’achat par l’Etat de riz et de maïs, de manière à constituer des stocks à écouler sur le marché national (lutte contre l’inflation en période de fortes hausses des prix internationaux) (Agrodiaria, 03/07/2008).

Dans ce contexte national manifestement favorable aux filières tournées vers le marché, le secteur agricole et agroalimentaire brésilien, allant de la production primaire à celles de biens alimentaires finis, dégage près de 30% du PIB, soit environ 200 milliards de dollars en 2006. Il valorise une aire agricole cultivée de plus de soixante millions d’hectares et une superficie d’une centaine de millions d’hectares consacrés à l’élevage extensif (bovin et autres).

Les exportations de productions animales et végétales brésiliennes
Environ plus de 120 millions de tonnes de céréales et oléo-protéagineux ont été récoltées en moyenne ces dernières années au Brésil. Avec 55 millions de tonnes récoltés en 2006-2007, le soja impulse incontestablement le boum agricole du pays, tandis que le maïs a dépassé les 40 millions de tonnes, et le coton les 2  millions. Le riz se maintient environ à 11 millions de tonnes et le blé s’approche des 5 millions. Les productions de viande bovine (8,8 millions de tonnes en 2006-07) et de viande de poulet (9,3) connaissent également un essor remarquable.. Au final, le Brésil occupe la première place mondiale pour la production de sucre, de café, de jus d’orange et de tabac, la deuxième pour le soja et la quatrième pour le maïs, le coton. Les coûts de production y sont faibles en regard de ceux des pays du Nord et la productivité peut encore s’y accroître fortement.

En synthèse, le Brésil s’impose bien actuellement comme un acteur puissant de la scène agricole mondiale (voir les documents ci-dessus). Son potentiel productif indéniable et le dynamisme des producteurs et des entreprises agro-exportatrices profitent d’évidence d’une politique agricole spécifique. Ils se conjuguent pour participer au dynamisme économique du pays. Le gouvernement de Lula, depuis son accession au pouvoir fin 2002, a fait du secteur agroalimentaire l’un des outils principaux d’assainissement de la dette externe et des comptes du pays [2]. Les filières agro-exportatrices jouissent donc d’une position favorable que relaie la diplomatie commerciale brésilienne dans les négociations multi- ou bi-latérales en cours. Les prises de position du Brésil pèsent sur le cycle de Doha et sur les discussions commerciales, notamment, entre le Mercosur et l’UE.

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Revendications brésiliennes et stratégies de négociations
Le cycle de négociations en cours à l'OMC, dit de Doha ou du Millénaire, est original car clairement multisectoriel et multilatéral. Non seulement les discussions portent sur l’agriculture, les services, la propriété intellectuelle, les marchés publics, etc., mais elles se déroulent parallèlement à des négociations régionales ou bi-latérales. L’engagement du Brésil est donc multiple car, si l’on ne se réfère qu’à trois cadres essentiels de discussions, il participe en même temps aux négociations UE / Mercosur, à celles entre le Mercosur et la Communauté andine des nations (CAN), et à celles sur la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Or, le rôle plus incisif joué par les pays des Sud et par les pays émergents ainsi que l’amélioration de leur information et de leur concertation, leur permettent de défendre avec fermeté positions et revendications, en particulier en faveur de la libéralisation des marchés agricoles sur laquelle le Brésil a acquis une position de leader.
Échelle régionale, échelle mondiale : quelles logiques d'intégration ?
Organisation dont le Brésil est membre

Le Mercosur (Marché commun du Cône Sud) a été fondé par le traité d'Asunción signé le 26 mars 1991. Le protocole d'Ouro Preto, conclu le 14 décembre 1994, lui attribue une personnalité juridique internationale et ses caractéristiques actuelles : un modèle intergouvernemental où les positions communes demeurent dépendantes de la volonté des États membres. Un tarif extérieur commun, est entré en vigueur le 1er janvier 1995 et la mise en œuvre intégrale de l’union douanière par tous les membres dans tous les secteurs doit se faire progressivement.Le Mercosur comporte quatre pays membres, l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. Depuis 1996, le Chili et la Bolivie sont des membres associés du Mercosur ainsi que, depuis 2004, l'Équateur, la Colombie et le Pérou. Le Venezuela a obtenu, depuis 2006, d’être membre à part entière. La mise en adéquation de sa législation commerciale est donc en cours et prendra des années.  www.mercosur.int/msweb

Organisation dont le Brésil est frontalier
- La Communauté andine des nations (CAN), anciennement connue sous le nom de Groupe andin et de Marché commun andin (Pacte andin), la CAN s'est, depuis le 1er juillet 1997, appuyée sur de nouvelles institutions (Système andin d’intégration / SAI) et sur un mandat élargi : aux objectifs initiaux se sont ajoutés des objectifs politiques et sociaux et des actions en matière de développement durable et d'intégration frontalière. Enfin, la Communauté est passée d'un régionalisme "fermé" à un régionalisme "ouvert" aux partenariats commerciaux avec le reste du monde. La CAN comporte cinq membres : Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou et Venezuela qui regroupent, en 2000, près de 115 millions d'habitants, 22% de l'Amérique latine, et environ 14% de son PIB. www.comunidadandina.org  

La Communauté des Caraïbes (Caricom) issu de la signature du traité de Chaguaramas en 1973, modifié depuis par différents protocoles et révisé en 2001 pour élever le marché commun au niveau d’une union économique, le Marché économique unique des Caraïbes (CSME) qui envisage la libre circulation des biens, des services, des capitaux et de la main-d’œuvre, la coordination de la politique macroéconomique et l’harmonisation des lois et institutions. Le Caricom est composée de 15 membres : Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Jamaïque, Montserrat, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, Suriname, Trinité-et-Tobago et Haïti.
www.caricom.org
Marchés régionaux du
continent américain 




Autres organisations et forums interaméricains
L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est un accord intégral de libre­échange entre le Canada, le Mexique et les États-Unis, amorcé le 1er janvier 1994 dans l'objectif d’éliminer les obstacles au commerce, de faciliter les mouvements transfrontiers des biens et services, etc. www.nafta-sec-alena.org  

Le Marché commun centre-américain (MCCA)a été créé le 13 décembre 1960 lorsque le Guatemala, l’El Salvador, le Honduras, et le Nicaragua ont signé le Traité général d’intégration de l’Amérique centrale. Le Costa Rica a adhéré le 23 juillet 1962. En octobre 1993, les cinq pays du MCCA ont signé le Protocole de Guatemala visant à établir une union douanière et à une meilleure intégration économique. www.sieca.org.gt  


Pour compléter, voir la pagede corpus documentaire : Échelle régionale, échelle mondiale : quelles logiques d'intégration ?

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Complexité de négociations multilatérales et multisectorielles 


Les enjeux complexes du cycle de Doha, qui aurait dû être bouclé fin 2006, s’inscrivent dans l’esprit du cycle précédent de l'Uruguay round (1986 à 1994) qui avait innové en matière de négociations commerciales internationales. Au lieu de traiter exclusivement de l’abaissement des droits de douane, les discussions ont porté aussi sur les législations nationales en matière d’obstacles commerciaux non tarifaires, sur les subventions aux exportations, sur les droits de propriété intellectuelle, etc. Par ailleurs, elles ont abordé pour la première fois le thème de la libéralisation des échanges agricoles (voir encadré supra). Et, bien qu’elles aient largement consisté en un affrontement États-Unis / UE, elles ont davantage intégré les positions des autres partenaires commerciaux, dont celles des pays agro-exportateurs réunis dans le groupe de Cairns. Ces derniers, conjointement à l’action des pays du Sud appuyés par certains courants représentatifs de l'alter-mondialisme, ont, dans un premier temps, fait capoter l’ouverture du cycle de Doha initialement prévue à Seattle en décembre 1999. Les négociations ont donc débuté avec deux années de retard, lorsque s’est tenue la rencontre de Doha, au Qatar.

L'agenda du cycle de Doha croise ses échéances avec celles des autres négociations. Ainsi, les réunions cruciales de l'OMC, comme celle de Hong Kong du 13 décembre 2005, s’entremêlent avec les rencontres régulières entre Mercosur et UE européenne ou avec les étapes des pourparlers en matière d’intégration sud-américaine. Rejetant les accords bi-latéraux, le Brésil est partisan de négociations dans le cadre de l'OMC qui conditionnent les autres discussions commerciales en cours, l’organisation étant pour lui le théâtre primordial de sa politique commerciale extérieure (Veiga, 2005). Ce calendrier multiple lui convient, tout comme aux États-Unis qui refusent de diminuer leurs aides internes à l’agriculture tant que l’UE et le Japon, dans le cadre du cycle de Doha, n’auront pas accepté de diminuer les leurs. La stratégie de l’UE est quelque peu différente puisqu’elle dit négocier à la fois pour le cycle du Millénaire et pour le rapprochement avec le Mercosur.

Les négociations agricoles au cœur des divergences 

Durant une cinquantaine d’années, dans le cadre du GATT, les produits agricoles ont bénéficié de mesures protectionnistes qui les ont maintenus à l’écart des discussions régulières d’élimination des barrières tarifaires et non tarifaires. Avec la signature de l’accord de Marrakech (dit aussi Accord sur l’agriculture) en 1994 , le dossier agricole est devenu le principal enjeu de tractations âpres et compliquées. Tout d’abord, il est à remarquer que les discussions démarrent : presque quinze années, c'est finalement assez peu au regard de l’ampleur de la tâche. Ensuite, les négociations sont conditionnées à l’avancée de celles qui concernent les autres secteurs et elles orientent les discussions en cours sur un plan régional (négociations Mercosur – UE entre autres) ou bi-latéral, par exemple, entre l’UE et le Mexique, ou entre les États-Unis et les pays latino-américains. Enfin, elles sont centrées sur des objectifs ambitieux et inédits.

Globalement, trois items de base organisent les efforts de rapprochement des positions des partenaires commerciaux : la réduction, voire l’élimination, des subventions aux exportations et des distorsions à la concurrence internationale ((programmes de crédits à l’exportation, organismes publics de régulation commerciale, etc.), la diminution des aides internes à la production (soutiens des prix, mesures favorables à la production, aides directes et couplées à la production, etc.), et l’amélioration de l’accès aux marchés, en abaissant progressivement les barrières tarifaires (douanières) et les barrières non-tarifaires (mesures sanitaires, conditionnement, indications géographiques de provenance, etc.).

Finalement, le dossier agricole, nouveau et large, cristallise les points de désaccords et les tensions. Les pays du Sud sont pris entre l’obligation de s’ouvrir aux produits industriels et aux services de pays tiers et leur souhait d’imposer à leur tour des produits agricoles piliers de leur présence dans le concert mondial des économies. Le Brésil est, dans ce sens, un pays paradigmatique de ce double enjeu commercial.

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Le Brésil leader de l'offensive des pays du Sud
Dès l'Uruguay round, dans le cadre du Groupe de Cairns, le Brésil revendiquait, aux cotés de l’Australie ou de l’Argentine, une libéralisation rapide des marchés agricoles internationaux. Cependant, c’est dans le cadre du cycle du Millénaire en cours qu’il s’est transformé en véritable animateur du G20, groupe constitué tactiquement, en août 2003, à l’occasion de la cinquième conférence ministérielle de l’OMC à Cancún. Le Brésil est porte-parole des six autres grands pays agricoles du Sud (Afrique du Sud, Argentine, Chine, Inde, Indonésie, Mexique) et de treize autres pays convaincus, à l'époque, du bien-fondé d’une libéralisation approfondie des marchés agricoles (Bolivie, Chili, Cuba, Egypte, Guatemala, Nigeria, Pakistan, Paraguay, Philippines, Tanzanie, Thaïlande, Venezuela, Zimbabwe). Le G20 réunit ainsi les deux tiers des producteurs agricoles du monde (dont les masses paysannes indiennes et chinoises). Pour ses leaders, il existe un lien direct entre développement et agriculture, et à l’OMC, ils se focalisent donc sur les négociations agricoles et la fin des distorsions du marché mondial.
Jeux d'acteurs, alliances, concurrences et antagonismes
L'agriculture touche à deux enjeux économiques majeurs et parfois contradictoires que sont la force exportatrice nationale, sur laquelle ont été bâties les politiques latino-américaines des années post 1990, mais aussi à la sécurité alimentaire interne, sans compter les nombreux enjeux sous-jacents tels l'emploi rural, l'occupation du territoire, etc.
À l'échelle internationale, des groupes de pression, des lobbys, qui pèsent dans les négociations qui se déroulent dans le cadre de l'OMS ou, plus généralement, de l'ONU et des instances de gouvernance mondiale, peuvent être regroupés au sein de grandes "familles", ce qui n'exclut pas des divergences et des recompositions d'alliances au gré des sujets abordés.
Le groupe de Cairns, formé en 1986, regroupe 17 pays exportateurs de produits agricoles qui représentent près du tiers des exportations agricoles mondiales et il pèse très fortement dans les négociations agroalimentaires mondiales. Il regroupe des pays d'orientation libérale et prônant l'ouverture des marchés qu'ils jugent en général bénéfique y compris pour les pays en voie de développement. L'UE et les États-Unis sont en général montrés du doigt pour leurs soutiens à leurs agricultures exportatrices. Ce groupe comprend : trois pays dits développés (Australie, Canada, Nouvelle Zélande), des pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) et d'autres pays latino-américains (Bolivie, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala), des pays asiatiques (Indonésie, Malaisie, Thaïlande et Philippines) et un pays africain, l’Afrique du Sud. www.cairnsgroup.org
Le G1O, les ex-"amis de la multifonctionnalité" regroupe des pays développés défensifs dirigés par la Suisse et le Japon et dont les positions sont similaires à celles de l’UE. Ils revendiquent une protection tarifaire élevée en matière agricole. Pour les pays du groupe de Cairns, la multifonctionnalité de l’agriculture est un moyen pour l’UE de défendre ses subventions et autres aides à une agriculture exportatrice.
Le Groupe des 77 a été constitué dans le cadre des Nations unies à la fin de la première CNUCED en 1964 par les pays en développement, alors au nombre de soixante-dix-sept. La Charte d’Alger lui a donné une structure institutionnelle permanente en 1967. Le groupe des 77 comprend 130 pays en 2009 et fonctionne sous le nom d'origine du fait de sa signification historique. www.g77.org- Le G3 est né, en juin 2003, d'une initiative conjointe du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud unis pour défendre leurs intérêts et pour revendiquer une plus grande place dans les organisations multilatérales et, surtout, dans leurs organes de décision. À l'occasion de la réunion du G8 d'Evian cette même année, le G3 fait part de ses revendications par l’entremise du président Lula, porte étendard de ce nouvel axe Sud-Sud exigeant une plus grande justice sociale et économique à l’intérieur d’un système de gouvernance mondiale.
- Le G23 (ex-G20) (à ne pas confondre avec le G20, forum réunissant les ministres des Finances et les directeurs des banques centrales de 20 grandes puissances mondiales) est un groupe de pays en développement et émergents qui s'est constitué en août 2003, au cours des travaux de préparation de la cinquième conférence du cyle de Doha à Cancún (septembre 2003), sous l'impulsion des pays du G3, Brésil en tête. Ces pays du Sud, dotés d'un fort potentiel agro-exportateur, annoncent leur intention de négocier en bloc le retrait des subventions agricoles américaines et européennes, ainsi qu’un meilleur accès aux marchés agricoles des pays développés. Constatant la forte relation entre le développement et l’agriculture, les pays signataires de la Déclaration de Cancún manifestent leur volonté d’intégrer complètement l’agriculture aux règles du système de commerce multilatéral afin d’éliminer les distorsions prévalant dans le commerce et la production agricoles. Le G20 représente plus de la moitié de la population mondiale et les deux tiers de ses agriculteurs mais le groupe est assez hétérogène et à géométrie variable. Il a cependant pu engendrer des alliances suffisamment efficaces pour déstabiliser les grandes puissances et a permis au Brésil d’affirmer son leadership et de développer des alliances stratégiques aux tables de négociations de l’OMC. Le président Lula fonde de grands espoirs sur ces nouvelles alliances Sud-Sud, qui lui apparaissent indispensables pour créer un nouveau rapport de force face aux pays du Nord dans les négociations commerciales.
En 2009, le groupe s'est élargi et comporte 23 membres (G23) : cinq africains (Egypte, Nigeria, Afrique du Sud, Tanzanie et Zimbabwe), six asiatiques (Chine, Inde, Indonésie, Pakistan, Philippines et Thaïlande) et douze latino-américains (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Cuba, Equateur, Guatemala, Mexique, Paraguay, Pérou, Uruguay et Venezuela).
www.g-20.mre.gov.br/index.asp
- Le G90 est une autre coalition stratégique rassemblant d'autres pays du Sud qui, encouragés par le succès du G20, se sont regroupés pour faire valoir leurs revendications concernant l’agriculture aux tables de négociations de l’OMC. Il s'agit des pays de l’ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) et des PMA (Pays les moins avancés) qui réclament des conditions spéciales en matière d’accès aux marchés et le maintien des traitements spéciaux pour les PED. À Cancún, le G20 et le G90 avaient fait front commun pour exiger l’élimination des subventions aux producteurs de coton étatsuniens.

Pour le Brésil de Lula, l’OMC est "le forum idéal de fixation de règles universelles destinées à la libéralisation du commerce et à la discipline en matière de subventions internes et aux exportations" (Jank et Tachinardi, 2005), le géant sud-américain développe donc logiquement un argumentaire portant sur les conditions de la concurrence et les mesures de soutien. Avec les autres membres du G20, il dénonce tout d’abord, tout ce qui, à ses yeux, peut entraver la concurrence et créer des distorsions à l’exportation. Il plaide en faveur de la fin des subventions, en particulier celles de ses deux concurrents principaux, l’UE et les États-Unis. Il demande aussi la réforme des organismes d’État de soutien à la vente aux pays tiers, ce qui vise surtout le Canada et la Chine. En outre, il remet en cause l’aide alimentaire et les programmes de crédits aux exportations.

Enfin, le Brésil souhaite une plus grande égalité en matière de conditions productives. À cet effet, il voudrait que les aides nationales à la production soient revues à la baisse : classique soutien de certains prix, aides forfaitaires couplées, mesures agri-environnementales, etc. Il pense qu’une baisse des appuis internes des États-Unis à leur production de soja, maïs, blé, riz et coton, lui garantirait une meilleure présence sur le marché nord-américain. Il se dit, par ailleurs, contre l’incorporation de considérations environnementales dans certains soutiens nationaux à la production, et contre les mesures liées à la multifonctionnalité, ce que propose la Politique agricole commune européenne réformée en 2003 (second pilier du développement rural).

L’accès aux marchés internes constitue son autre approche : le Brésil propose de réduire les barrières tarifaires et d’abaisser les crêtes de taxation de certains produits sensibles [3]. Il voudrait obtenir, entre autres, un meilleur accès au bloc européen pour ses viandes, son sucre et l'éthanol, ses produits laitiers. Il souhaite une plus grande ouverture de marchés européens très protégés comme ceux de la Norvège ou de la Suisse ainsi que de ceux du Japon et de la Corée. Il tente aussi de mieux accéder aux marchés de ses grands partenaires du G20, en l’occurrence l’Inde et la Chine, à qui il propose, comme à tous les pays en développement, de bénéficier d’un traitement spécial et différencié. 

En tant qu’instance d’arbitrage des conflits commerciaux (par le biais de l'ORD), l’OMC est de plus en plus systématiquement appelé à se prononcer sur les plaintes déposées par les pays du Sud vis-à-vis de leurs tiers du Nord. Une fois de plus, le Brésil a su s’allier de manière très pragmatique avec des pays du Sud : avec des pays africains producteurs de coton (Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad), il a obtenu à la mi-2004 la condamnation des aides états-uniennes internes ; de plus, presque au même moment, il a obtenu la fin, à partir de 2006, du système européen de subventions aux exportations de sucre de betterave (voir en rubrique "géographie vivante" : Autour du fonctionnement de l'Organe de règlement des différends (ORD)

Selon M. Jank (alors Président de l'Institut d’études brésilien du commerce international / ICONE), le G20, "… coalition hétérogène, pragmatique, flexible […] lutte pour la réduction du protectionnisme agricole pratiqué par les pays développés. Il s’agit du résultat le plus positif de la politique commerciale de Lula" (Jank, 05/04/05). D’évidence, la fermeté du Brésil sur les questions agricoles, sous-tendue par la pression des représentants de filières agro-exportatrices, anime une stratégie de négociations constante et ténue. Les tractations des dernières années ont été considérées comme peu fructueuses du fait de l’écart entre les positions des uns et des autres, et de jeux d’alliances fluctuants.

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Paradoxes et limites à la position brésilienne
Si les ressources productives et commerciales du Brésil justifient ses revendications dans le cadre de ces négociations multi-latérales et multi-sectorielles, il n’en reste pas moins que sa stratégie commerciale suscite des interrogations : quelles en sont la portée concrète et les chances de réussite ? Quelles en sont les limites, externes et internes ?

Une diplomatie Sud-Sud fragile ... 

Dans la foulée du Brésil, et malgré certaines divergences, les membres du G20 développent une nouvelle vision de la carte économique mondiale, qui combinerait la fin du clivage Nord-Sud et des rapprochements Sud-Sud inédits et incontournables. Le gouvernement Lula aime évoquer la "nouvelle géographie économique du monde", faite d’alliances commerciales et géopolitiques originales entre pays du Sud, de flux croisés de marchandises. Toutefois, la diplomatie brésilienne (et celle du G20) n’a pas rallié la majorité des pays en développement et sa force d’entraînement reste faible. La concurrence est vive avec d’autres offres diplomatiques provenant d’alliances de pays différentes. Ainsi en est-il du G90. Ce groupe, constitué des pays de l’ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) et des PMA (Pays les moins avancés), est en quête de conditions spéciales d’accès à leurs marchés et il est soucieux de la reconduction des traitements spéciaux comme les accords ACP. Très critique à l’égard des pays du Nord, il l’est également envers le G20 qu’il ne considère pas comme le porte-parole naturel du Sud. La légitimité du G20 et ses chances de succès sont donc affaiblies. Et les tentatives de relance des négociations courant 2008 n’a pas vraiment débouché sur des avancées satisfaisantes (Nassar, 07/2008).

Par ailleurs, des divergences peuvent apparaître entre les élites économiques de ces pays, y compris au Brésil, membre du G20 qui bénéficierait le plus d’une ouverture accrue des marchés agricoles. Ainsi, de nombreux patrons de l’industrie et des services brésiliens, surtout de la région industrielle de São Paulo, redoutent les contreparties qui leur feraient perdre des parts de marchés. La Chine connaît la situation exactement inverse : si ses industriels sont effectivement convaincus de l'intérêt d'une libéralisation des échanges, son secteur agricole est plus réticent. Quant à l’Inde, elle souhaiterait continuer à protéger son agriculture et ses entreprises manufacturées, mais elle est demandeuse d’ouverture pour les services.

... au service du Brésil agro-exportateur plutôt que des petites exploitations 

La position offensive de Brasília dans les négociations de l’OMC sert avant tout un certain Brésil. De fait, les producteurs et exportateurs brésiliens, moyens ou grands, seront les premiers bénéficiaires d’un meilleur accès aux marchés étrangers (ceux du Nord comme du Sud) et de la fin des subventions aux exportations des pays riches. Ces acteurs économiques sont d’ailleurs soutenus et favorisés à travers des mesures qui leur accordent davantage de moyens financiers (politique ciblée de crédit) ou qui contribuent à améliorer les infrastructures du secteur (investissements directs de l’État ou aides financières étatiques aux opérateurs privés). L’autorisation, à compter de 2003, de l’emploi de semences génétiquement modifiées (soja RR) entre dans cette catégorie de mesures favorables à une agriculture intensive et dévoreuse d’espace (voir l'entrée OGM du glossaire). Tant et si bien que le discours récurrent des diplomates brésiliens sur le caractère compétitif et libéralisé du secteur agricole et agroalimentaire de leur pays, doit être relativisé. Le Brésil aide plus qu’il ne le dit ses agriculteurs soucieux d’exporter. En 2004, près de 3% du produit agricole brut brésilien a bénéficié de soutiens étatique. Bien évidemment, c’est peu comparé aux États-Unis (20%) ou à l’UE (34%) mais l’existence de ces soutiens discrédite quelque peu le discours libéral brésilien, d’autant que leur part dans le PIB agricole s’avère nettement supérieure à 3% dans certains États agro-exportateurs comme le Mato Grosso.

Les aides accordées par le gouvernement brésilien bénéficient donc essentiellement à un nombre réduit de producteurs et ne concernent le plus souvent que quelques productions. Malgré un discours plus favorable et plus engageant que celui des gouvernements précédents, le gouvernement Lula, appuie peu les productions vivrières et les producteurs familiaux en synergie avec la demande interne. Alors que les exploitations familiales ou paysannes représentent, en 200585% du total des exploitations, et emploient les 3/4 de la main d’œuvre agricole, elles fournissent l’alimentation de base d’une population comptant plus de 185 millions de Brésiliens. Autrement dit, la production agricole du pays a pour principal débouché un marché interne conséquent, les exportations n’en absorbant que 25% environ. Sachant que la population brésilienne croît encore au rythme de 2% par an et, qu’approximativement, un septième d’entre elle est en état de sous-nutrition, le Brésil est donc confronté à un défi social et politique puissant que ne peuvent résoudre des gains de parts de marché mondial (Berthelot, 2005 ; Bourgeois, 2005) et qui ne se limite pas à la résolution sporadique et inefficace des revendications foncières récurrentes. Alors que 5 millions de familles sont demandeuses de terre, l’Institut national pour la colonisation et la réforme agraire (INCRA) a calculé qu’entre 1995 et 2002, sous les gouvernements de Henrique Cardoso, 500 000 familles ont reçu une parcelle de terre, et en 2003, sous le premier gouvernement de Lula, 80 000. Il s’agissait d’en installer environ 430 000 de plus d’ici 2007. Mais les familles établies ne bénéficient d’une assistance technique suffisante et d’accès aux services de base Mais les familles installées bénéficient trop peu d’assistance technique et d’accès aux services de base (voir l'article Questions foncières et politiques de réforme agraire au Brésil). Par ailleurs, il existe des programmes sociaux de lutte contre la pauvreté tels « Bolsa família » (aides sociales en contre-partie d’une présence assidue de l’enfant à l’école) qui concerne avec succès 11 millions de familles, ou le tout nouveau « Territórios da cidadania » qui doit impliquer les acteurs locaux ruraux (environ 8 millions de personnes) dont les petit agriculteurs familiaux, dans l’objectif d’identifier des projets de développement territorial avec une forte participation citoyenne (Sachs, 2008).

Des contraintes matérielles et monétaires

Le potentiel productif brésilien laisse penser qu’une expansion de grande ampleur est encore possible, du fait en particulier des terres arables en réserve. Mais, les goulots d’étranglement liés aux problèmes logistiques (moyens de stockage, infrastructures de communication insuffisants) et aux distances considérables entre bassins de production et terminaux portuaires laisse, en revanche, augurer de difficultés croissantes (délais, surcoûts) d’écoulement des productions. Aux risques environnementaux découlant de la surexploitation des ressources agro-pédologiques, s’ajoute la crainte d’une surexposition du réseau routier au trafic intense des camions, faiblement relayé par le train ou le transport fluvial. De plus, les aléas de la politique monétaire et fiscale déterminent les conditions de mise en marché et, bien souvent, expliquent les écarts entre gains attendus et gains dégagés. Depuis 2004, l’appréciation régulière du real, la monnaie brésilienne, renchérit les coûts de production agricole (importation de produits phytosanitaires en dollars) et grève les gains à l’exportation (moindre compétitivité). Étant passée de 2,97 reals pour un dollar à 2,15 en janvier 2007, 1,60 en juin 2008, cette moindre valeur du real a très lourdement pénalisé les producteurs dont en particulier, ceux situés dans le Centre-Ouest qui doivent également assumer le coût croissant du fret (transport en camion jusqu’aux ports de la côte atlantique.

En somme, le Brésil pourrait dans un proche avenir se féliciter de pouvoir juridiquement exporter davantage grâce aux résultats obtenus à l’OMC et dans d’autres enceintes de négociations, mais encore faudrait-il qu’il puisse exporter dans les meilleures conditions coût - bénéfice.
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Réflexions conclusives
La participation dynamique des pays émergents au cycle du Millénaire et aux autres négociations est sans conteste, le fait marquant des activités de l’OMC en ce début de XXIe siècle. À l’instar de certains grands exportateurs comme le Brésil, leurs revendications portent sur une plus grande ouverture des marchés solvables des pays du Nord à leurs productions agricoles.

L’ambition d’exporter davantage, du fait d’une marge productive nationale évidente et d’un contexte international qui appelle à l’insertion marchande, explique bien évidemment que le Brésil soit aussi offensif dans toutes les négociations auxquels il participe. Cependant, si succès diplomatique il y a, il devra être confronté à une situation interne, sociale et territoriale, délicate. Manifestement, une minorité de producteurs et de territoires participent et bénéficient de l’ouverture ou de la consolidation des marchés tiers. En réclamant des échanges agricoles sans entraves, le Brésil n’a pas la même attitude que les pays qui veulent protéger des productions nationales vitales (Japon, Suisse ou pays agricoles importateurs du Sud), selon le principe de la souveraineté alimentaire, ou qui veulent avoir la possibilité de gérer nationalement des activités agricoles considérées dans leurs dimensions socio-culturelles et paysagères, comme l’UE ou la Norvège. Ce rapport différent à l’agriculture est de nature qualitative et son éviction des débats sur la libéralisation du commerce agricole mondial cache des questions sous-jacentes aux discussions actuelles.

Des freins importants gênent cependant le développement agricole et rural brésilien. La dégradation de certaines ressources naturelles (sols, eau) appellera à court terme une modification des modes de production, alliant davantage enjeux environnementaux et objectifs économiques. Le déficit logistique rend difficile l’écoulement rapide et régulier des récoltes. Les aléas monétaires et fiscaux sont, pour une part, imprévisibles, ajoutant aux vulnérabilités du modèle agricole brésilien. L’augmentation attendue de la demande alimentaire, à moyen terme, à l’échelle mondiale, surtout dans les pays asiatiques et africains, ne devrait-elle pas inciter à réfléchir à l’instauration de politiques agricoles favorables à l’agriculture familiale tournée vers les marchés locaux et à des filières organisées à une échelle sous-continentale (Mazoyer, 2003, rapport Banque mondiale, 2008) ? Dès lors, le Brésil dans son ensemble sera-t-il vraiment gagnant dans ce jeu commercial et diplomatique planétaire ?

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Notes 

[1] Martine Guibert, université de Toulouse, département de géographie, équipe de recherche "Dynamiques rurales", Institut pluridisciplinaire d’études sur l’Amérique latine à Toulouse
www.univ-tlse2.fr   guibert@univ-tlse2.fr
Cette page s'inspire d'un texte paru pp 318-328 dans le livre coordonné par Daniel van Eeuwen, Le Brésil de Lula, Paris/ La Tour d’Aigues / Ed. de l’Aube, 2006, 350 p.
[2] Pour certains experts, les devises dégagées par l’agro ne concourent pas au paiement et à l’allègement du poids considérable de la dette externe du pays puisqu’en même temps augmente la dette publique interne, celle-ci étant libellée selon le taux de change (voir J. Berthelot, 2005).
[3] (O Estado do São Paulo, 23/11/05). Par exemple, en 2005, les exportations brésiliennes de viande bovine hors quotas vers l’Union européenne peuvent être taxées jusqu’à 176,7% de leur valeur, celles de sucre brut à hauteur de 160,8% et celles de maïs à hauteur de 84,9%. Dans le cas des États-Unis, ces taux sont respectivement de 26,4%, 167% et 2,3%. Pour le Japon, ils sont de 50%, 154,3% et 95,4% (Jank et Tachinardi, 2005).


  Bibliographie

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Agroanálysis - "Comercio internacional: mais concorrência e produtividade", p. 12-14, n°7, juillet 2005
Agrodiario, Brésil destinará subsifiod por U$S 48 mil millones para el campo, fuente “medios y agencias”, Buenos Aires, 03 de julio de 2008
- Banque mondiale - Rapport sur le développement dans le monde 2008 : l’agriculture au service du développement, 2007 - www.banquemondiale.org/publications
- Berthelot J. - La vanité de la stratégie agro-exportatrice du Brésil pour rembourser sa dette externe, Rencontre des Organisations paysannes de l'Union européenne et du Mercosul, Porto Alegre, 25/01/2005
- Boissieu Ch. de - L’agriculture du Brésil, p. 121-133. In : Perspectives internationales pour les politiques agricoles, Paris, La Doc. française, 179 p., 2007
- Bourgeois L. - Le Brésil sera-t-il la ferme du monde ?, Conjoncture agricole de l’APCA, Assemblée permanente des chambres d’agriculture, Synthèse mensuelle, n° 238, 03/2005
- Brunel S. - Nourrir le monde – vaincre la faim, Paris, Ed. Larousse, 284 p., 2009
- Calame M. - La tourmente alimentaire, pour une politique agricole mondiale. Paris : Ed. Fondation Charles Léopold Mayer, 204 p., 2008
- Charvet J.-P. - L’agriculture dans le monde – mieux nourrir la planète, Paris : Petite encyclopédie Larousse, 2004,  ré-édition 128 p., 2007
- Charvet J.-P. - L’agriculture mondialisée, Revue "La documentation photographique", n° 8059, 2007
- Castro J. de - Géographie de la faim. Le dilemme brésilien. Paris : Les Ed. Ouvrières / Coll Economie et humanisme, 260 p., 1949 (1° éd. Brésil : 1946)
- FNP Consultoria & AgroInformativos - Agrianual, anuário da agricultura brasileira, 496 p., 2004
- Guibert M. - La soja en América del Sur: ¿un proceso de “des” o “re”-calificación territorial? Una propuesta de investigación, Table-ronde "Capitalismo y agricultura", XIX ENGA - Encontro Nacional de Geografia Agrária, "Formação e contemporaneidade da diversidade sócio-espacial no campo", USP,  São Paulo, 02 au 07 février 2009 (sélection pour publication)
- Guibert M. - " Amérique latine : intégration régionale et mondialisation", Café Géographique de Toulouse, 31 janvier 2007. www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1054,  (15 mars 2007).
- Hervieu B. - Du droit des peuples à se nourrir eux-mêmes, Paris, Flammarion, 136 p., 1996
- ICONE - "Una nova geometria de interesses na OMC", Informativo do grupo de conjuntura internacional, p. 12, n°25, maio-junio 2005
- Jank Sawaya M. - "2006: a hora da verdade na OMC", O estado de Sao Paulo, 03/01/06
- Jank Sawaya M. et Tachinardi M. H. - "Negociacões internacionais en 2005 : os desafíos para o Brasil na área agrícola", Informe do Banco do Brasil : cómercio exterior, Ed. 57, mars 2005
Jornal Valor Economico - "Brasil tem nova proposta para limitar os subsídios", 23/11/05
- Langellier J.-P. - La Chine est devenue le premier partenaire commercial du Brésil, Le Monde, 08/05/2009
- Mazoyer M. - Defendiendo al campesinado en un contexto de globalización. Crisis agrícola, crisis alimentar y crisis general contemporânea, Boletim electrónico del NEAD, 14 pages mimeo, 2003
- Markwald R. et Ribeiro F. - "Análise das exportações brasileiras sob a ótica das empresas, dos produtos e dos mercados", RBCE – Revista brasileira de comércio exterior, Rio de Janeiro : Funcex, n° 85, out-dez de 2005
-  Monié F. et Guibert M. - " Sorriso, capitale du soja dans le centre-ouest brésilien  : une ville par et pour les acteurs privés", Fiche pour le Forum sur la Gouvernance en Amérique Latine (FLAG), Paris, Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme, 2 pages, 2009 (à paraître)
- Nassar A. M - Reinterpretando o valor do fracasso de Doha, O estado de São Paulo, 22.08.2008
- Nassar A. M. - Exportações em queda, 21/01/2009 www.iconebrasil.org.br/arquivos/noticia/1787.pdf- Paquin-Boutin M.-P. - "La nouvelle stratégie commerciale des puissances du Sud : le G-3, le G-20 et le cas du Brésil", La chronique des Amériques, Montréal / CEIM, n°6, Février 2005
- Parmentier B. - Nourrir l’humanité. Les grands problèmes de l’agriculture mondiale au XXIe siècle. Paris : Ed. Cahiers libres, 276 p., 2007
- Problèmes économiques - Dossier d’articles "L’agriculture dans la mondialisation", n° 2901, 31 p., 07 juin 2006
- Sabourin E. - Paysans du Brésil, entre échange marchand et réciprocité. Paris : Ed Quae, Collection Indisciplines, 240 p., 2007
- Sachs, I. - Do Bolsa Família à inclusão social, O Globo, 13/03/2008
- Veiga Pedro da Motta - "Editorial : estrategias comerciais externas do governo Lula", Jornal Valor econômico, 18/05/05
  Des ressources en ligne 

Agroanálysis, Portail de l'École d'économie de São Paulo, une revue sur l'Agronégoce ((a revista de agronegócios da FGV – Fundação Getulio Vargas) : www.agroanalysis.com.br
- Banque mondiale (statistiques, publications, etc.) : www.banquemondiale.org/publications
- FAO, rapports bisannuels sur la situation mondiale des marchés agricoles
www.fao.org/docrep/009/a0950f/a0950f00.htm
- ICONE, Institut brésilien d'études du commerce et des négociations internationales :
www.iconebrasil.org.br/pt
Núcleo de Estudos Agrários e Desenvolvimento Rural : www.nead.org.br
Martine Guibert, Université de Toulouse, Département de géographie, Equipe de recherche "Dynamiques rurales", Institut pluridisciplinaire d’études sur l’Amérique latine à Toulouse
guibert@univ-tlse2.fr et www.univ-tlse2.fr

compléments documentaires, édition de la page web : Sylviane Tabarly

pour Géoconfluences le 15 mai 2009
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Mise à jour :   15-05-2009
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  Le cadre général des négociations commerciales régionales
et internationales sur l'agriculture. La place du Brésil
(cette page pourra favoriser les rapprochements
interdisciplinaires avec les Sciences économiques)
Ci-dessous, dans l'ordre : Autour de l'OMC, quelques repères / Échelle régionale, échelle mondiale : quelles logiques d'intégration ? / Jeux d'acteurs, alliances, concurrences et antagonismes


Autour de l'OMC, quelques repères 

Des premiers pas de l'OMC au cycle de Doha


L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), créé en 1947, ne devait avoir qu’un caractère provisoire et ne bénéficiait pas d’un statut d’organisation internationale. Il a néanmoins fallu attendre la rencontre finale de son huitième cycle de négociations (Uruguay round) à Marrakech (Maroc) en avril 1994, pour que soit décidé la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui entrera en vigueur le 1er janvier 1995 à Genève.
L'OMC élargit le champ de négociations aux secteurs des services, de la propriété intellectuelle. L'Acte final de la conférence de Marrakech intègre une foule d’accords sectoriels (textile, etc.), dont le fameux Accord sur l’agriculture (accord dit de Marrakech).
Après l'échec de la conférence de Seattle, en novembre 1999, où les pays membres de l'OMC n'avaient même pas pu s’accorder sur l’ordre du jour, la quatrième conférence de l’OMC à Doha (Qatar, novembre 2001), a permis de lancer un nouveau cycle de négociation, dit "cycle de Doha" ou "round du Millénaire", particulièrement centré sur les négociations agricoles.

De la conférence de Doha (2001) à l'accord-cadre de juillet 2004
Cette conférence ministérielle de Doha avait l'objectif de parvenir à un accord sur des formules et autres "modalités" favorisant la libéralisation des échanges entre les pays membre, au plus tard pour le 31 mars 2003. En fait, cette échéance n’a pas été respectée et, après l’impasse constatée à l'issue de la cinquièmeConférence à Cancún (Mexique, septembre 2003), les membres de l'organisation se sont entendus sur unaccord-cadre dans les principaux domaines (marchés agricoles par exemple), finalement approuvé le 1er août 2004. Ce cadre devait servir de base pour négocier ultérieurement des "modalités" plus détaillées. L’annexe de sept pages contenant le cadre sur l’agriculture présente des ébauches de solutions pour réduire les obstacles à l’importation, les subventions à l’exportation et le soutien interne*.
L’accord-cadre comprenait également des décisions prises au titre de certains piliers (voir infra), telles que l’abolition de toutes les formes de subventions aux exportations agricoles à une date fixée, ainsi qu’une réduction substantielle du soutien interne à l’agriculture, source de distorsion au commerce et à la concurrence. En outre, le texte de cet accord définissait ainsi le "parallélisme" : l’élimination des subventions directes à l’exportation doit s’accompagner de l’élimination des éléments de subvention que sont le crédit à l’exportation, l’aide alimentaire et les exportations des organismes de commerce d’État.
L'accord-cadre s'accompagnait aussi de progrès enregistrés sur la question des graves déséquilibres dont se plaignaient de nombreux pays en développement entre les dispositions qui leur sont applicables et celles qui sont applicables aux pays développés. D'où l'identification de "produits sensibles", décrits de façon assez détaillée dans les textes examinés à l’époque, et de "produits spéciaux" évoqués, mais sans description aussi détaillée, dans les dispositions concernant les pays en développement.

Pour comprendre les négociations agricoles du cycle de Doha, un glossaire

Accord sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires (Accord SPS) est entré en vigueur avec la création de l’OMC le 1er janvier 1995 et il a trait à l’application de règlements sur la sécurité alimentaire, la santé des animaux et la protection des végétaux.
Le Codex alimentarius est un ensemble de normes, directives et recommandations internationales relatives à l'innocuité des produits alimentaires, créé par la FAO et l'OMS en 1962.
Les Mesures globales de soutien (MGS) sont des mesures de soutien interne de l'agriculture évaluées en fonction de leurs effets de distorsion sur la production et les échanges. Telles que définies dans l’Accord sur l’agriculture de l’OMC, elles comprennent tant les dépenses budgétaires que les transferts de revenus des consommateurs aux producteurs en raison de politiques qui entraînent des distorsions des prix du marché. Elles mesurent la valeur monétaire de la portée d’un appui gouvernemental à un secteur donné de façon à les classer dans des catégories (ou "boîtes"). Les soutiens internes appartiennent ainsi à trois catégories :
la boîte rouge  comprend les mesures susceptibles d’introduire des distorsions manifestes dans les échanges agricoles et elles doivent, à terme, être supprimées (hormis celles autorisées). Les subventions directes à l’exportation sont, a priori, rangées dans cette catégorie.
La boîte orange comprend les mesures de soutien aux prix de marché ainsi que quelques aides directes pouvant entraîner des distorsions sur les marchés. Ces mesures entrent dans le calcul de la MGS et elles sont donc soumises à engagement de réduction au titre du soutien interne.
La boîte bleue comprend les mesures tolérées par les accords à titre transitoire : programmes de limitation de la production par exemple.
La boîte verte regroupe l'ensemble des mesures supposées sans effet sur les échanges et sur les distorsions de concurrence, elles sont alors "découplées" ; il s'agit, par exemple, des services de caractère général (recherche, lutte contre les parasites et maladies, formations, infrastructures), de l'aide alimentaire intérieure, de l'indemnisation des catastrophes naturelles, des aides liées à la protection de l'environnement.
La multifonctionnalité de l’agriculture sous entend que ce n'est pas une activité comme les autres. Elle est ancrée sur un territoire et nécessite des instruments de soutien pour poursuivre ses fonctions environnementales et paysagères, sociétales, d’aménagement du territoire, de sécurité et d'autonomie alimentaire des États … ce qui fait partie de "considérations non-commerciales" aux yeux de l'OMC.
L'Organe de règlement des différends (ORD) est une juridiction internationale, nouveauté fondamentale introduite lors de la création de l’OMC, source de droit dans les échanges commerciaux mondiaux et autorisé à sanctionner financièrement les États. Il dispose d'un pouvoir de sanction unique dans le droit international.
Voir en rubrique "Géographie vivante" :
Autour du fonctionnement de l'Organe de règlement des différends
Trois "piliers" : le premier pilier désigne l’accès au marché, avec la diminution des barrières tarifaires et des droits de douane concernant les produits en provenance d’autres pays. Le deuxième pilier concerne les soutiens internes, qu’il convient également de réduire. Enfin, la concurrence à l’exportation constitue le troisième pilier, qui pointe du doigt les subventions à l’exportation permettant de vendre à bas prix.
- Le Traitement spécial et différencié (TSD) est destiné à tenir compte des écarts de développement pour favoriser les pays en développement, depuis longtemps l’un des éléments déterminants du système commercial multilatéral. Il décrit les dispositions préférentielles qui ne s’appliquent qu’aux pays en développement et à la sous-catégorie des pays les moins avancés (PMA), à l'exclusion des membres désignés comme pays développés.
- Le Traitement préférentiel (préférences tarifaires) revient à diminuer en partie les barrières tarifaires entre deux ou plusieurs pays. Un pays peut même décider unilatéralement de prendre une telle mesure. Parfois, il s'agit d'une étape préalable à la constitution d'une zone de libre échange.
- Le Système de préférences généralisées (SPG) est un accord négocié aux termes duquel des niveaux des droits moins élevés peuvent être appliqués aux produits des pays en développement importés par les pays développés. Ainsi, le SPG de l'Union européenne donne l'accès au marché européen à 49 pays les moins avancés (PMA) pour tous les produits, sauf les armes et sans exiger de réciprocité.
- Le consensus de Washington est une formule apparue dans les années 1990 qui désigne l’accord informel entre la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’OMC ainsi que certaines grandes banques, pour instaurer un marché mondial libéralisé et auto-régulé, au principe sous-jacent que le marché se trompe moins que les États. En résumé il s'agit de libéraliser les économies et de limiter l’intervention publique.

États-membres : en 2009 l'OMC regroupe 153 pays membres. La Chine y a adhéré en 2001, le Brésil et l'Inde en 1995. Mais des pays importants restent à sa porte, telle que la Russie.
Voir :
> le site officiel de l'OMC : www.wto.org/indexfr.htm
> le dossier que la Documentation française a consacré à l'OMC :
www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/omc/index.shtml
> le dictionnaire des termes commerciaux du Système d'information sur le commerce extérieur de l'OEA :www.sice.oas.org/dictionary/AG_f.asp

> Site gouvernemental du Commerce extérieur français, rubrique "OMC et négociations commerciales :
www.exporter.gouv.fr/exporter/Pages.aspx?iddoc=570&pex=1-2-40-570
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Échelle régionale, échelle mondiale : quelles logiques d'intégration ? 

Aux échelles régionales et internationales, le Brésil est devenu un acteur incontournable, tant sur les plans économiques que politiques. Il s'efforce d'organiser ses relations de voisinage au mieux de ses intérêts. Ses positions au sein d'organisation multi-latérales ne doivent pas faire oublier aussi d'importants accords bi-latéraux qui le lient à de grandes puissances émergentes comme la Chine (un partenariat stratégique lie la Chine et le Brésil depuis 1993). Il s'efforce d'être un leader, représentant des pays du Sud, tout en gardant des bonnes relations avec les grandes puissances du Nord.
Organisations et forums dont le Brésil est membre :
Le Mercosur (Marché commun du Cône Sud / Mercosul) a été fondé par le traité d'Asunción signé le 26 mars 1991. Le protocole d'Ouro Preto, conclu le 14 décembre 1994, lui attribue une personnalité juridique internationale et ses caractéristiques actuelles : un modèle intergouvernemental où les positions communes demeurent dépendantes de la volonté des États membres. Un tarif extérieur commun, est entré en vigueur le 1er janvier 1995 et la mise en œuvre intégrale de l’union douanière par tous les membres dans tous les secteurs doit se faire progressivement.Le Mercosur comporte quatre pays membres, l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. Depuis 1996, le Chili et la Bolivie sont des membres associés du Mercosur ainsi que, depuis 2004, l'Équateur, la Colombie et le Pérou. Le Venezuela a obtenu, depuis 2006, d’être membre à part entière. La mise en adéquation de sa législation commerciale est donc en cours et prendra des années.
www.mercosur.int/msweb
- La Zone de libre-échange des Amérique (ZLEA)réunit les chefs d’État et de gouvernement des 34 pays du continent (tous sauf Cuba) pour débattre des obstacles au commerce et à l’investissement et prévoir leur élimination progressive. Le projet est avant tout porté par les États-Unis, les négociations ont été lancées au Sommet des Amériques de Miami en décembre 1994. En 2005, une première étape a été franchie par l'adoption d'un traité de libre échange avec six pays, l'Accord de libre-échange d'Amérique centrale (ALEAC), mais depuis, le processus semble enlisé et concurrencé par les autres projets d'initiative sud-américaine et particulièrement brésilienne.www.ftaa-alca.org 
Marchés régionaux du
continent américain 




Réalisation : Martine Guibert :
www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1054  


Le groupe de Rio est un mécanisme flexible de dialogue et de concertation politiques qui réunit, à l'exception de Cuba, tous les pays d'Amérique latine ainsi que Guyana. Il permet à ses membres d'aborder différents thèmes d'intérêt commun pour l'Amérique latine et les Caraïbes.
- L'Union des nations sud-américaines (Unasur), organisation fondée à Brasilia en 2008 dans la continuité d'un projet de Communauté sud-américaine des nations (CSN) et dans la perspective d'un processus d'intégration économique et politique à l'image de l'UE. L'Unasur rassemble 12 pays d'Amérique du Sud : les pays du Mercosur, de la Communauté andine des nations ainsi que le Chili, le Guyana et le Surinam. www.comunidadandina.org/sudamerica.htm
Le Sommet des Amériques, processus qui a vu le jour en décembre 1994 et rassemble les chefs d’État et de gouvernement pour discuter de préoccupations communes, chercher des solutions et formuler une vision partagée pour le futur développement de la région, qu’il soit économique, social ou politique de nature.www.summit-americas.org  
- L'Initiative d'intégration de l'infrastructure régionale sud-américaine (IIRSA) dont l'objectif est de moderniser et de développer l'infrastructure régionale sud-américaine. Cette initiative est née au cours du sommet des présidents réalisé en 2000 à Brasilia.
www.iirsa.org/index_ENG.asp?CodIdioma=ENG
- L'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture (IICA) est l'une des six agences spécialisées de l'Organisation des États américains (OEA / Organization of American States - OAS)avec la mission de soutenir les États membres dans leurs efforts de modernisation du secteur rural, de promotion de la sécurité alimentaire et de développement d'un secteur agricole compétitif, adapté aux technologies, socialement équitable et qui tient compte de la protection de l'environnement. Le Conseil interaméricain sur l'agriculture constitue l'organe décisionnel le plus élevé de l'IICA et réunit les ministres de l'Agriculture des 34 États membres. L'IICA fut créé par traité en 1942, ce qui lui procure une certaine indépendance par rapport à l'OEA. www.iica.int/Eng/Pages/default.aspx
Organisations dont le Brésil est frontalier :
- La Communauté andine des nations (CAN), anciennement connue sous le nom de Groupe andin et de Marché commun andin (Pacte andin), la CAN s'est, depuis le 1er juillet 1997, appuyée sur de nouvelles institutions (Système andin d’intégration / SAI) et sur un mandat élargi, aux objectifs initiaux se sont ajoutés des objectifs politiques et sociaux et des actions en matière de développement durable et d'intégration frontalière. Enfin, la Communauté est passée d'un régionalisme "fermé" à un régionalisme "ouvert" aux partenariats commerciaux avec le reste du monde. La CAN comporte cinq membres : Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou et Venezuela qui regroupent, en 2000, près de 115 millions d'habitants, 22% de l'Amérique latine, et environ 14% de son PIB. www.comunidadandina.org  

La Communauté des Caraïbes (Caricom) issu de la signature du traité de Chaguaramas en 1973, modifié depuis par différents protocoles et révisé en 2001 pour élever le marché commun au niveau d’une union économique, le Marché économique unique des Caraïbes (CSME) qui envisage la libre circulation des biens, des services, des capitaux et de la main-d’œuvre, la coordination de la politique macroéconomique et l’harmonisation des lois et institutions. Le Caricom est composée de 15 membres : Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Jamaïque, Montserrat, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, Suriname, Trinité-et-Tobago et Haïti.
www.caricom.org
Autres organisations et forums interaméricains :
L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est un accord intégral de libre­échange entre le Canada, le Mexique et les États-Unis, amorcé le 1er janvier 1994 dans l'objectif d’éliminer les obstacles au commerce, de faciliter les mouvements transfrontaliers des biens et services, etc. www.nafta-sec-alena.org 

Le Marché commun centre-américain (MCCA) a été créé le 13 décembre 1960 lorsque le Guatemala, l’El Salvador, le Honduras, et le Nicaragua ont signé le Traité général d’intégration de l’Amérique centrale. Le Costa Rica a adhéré le 23 juillet 1962. En octobre 1993, les cinq pays du MCCA ont signé le Protocole de Guatemala visant à établir une union douanière et à une meilleure intégration économique.www.sieca.org.gt
 

Réalisation : Pascal Orcier 
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Jeux d'acteurs, alliances, concurrences et antagonismes


L'agriculture touche à deux enjeux économiques majeurs et parfois contradictoires que sont la force exportatrice nationale, sur laquelle ont été bâties les politiques latino-américaines des années post 1990, mais aussi à la sécurité alimentaire interne, sans compter les nombreux enjeux sous-jacents tels l'emploi rural, l'occupation du territoire, etc.
À l'échelle internationale, des groupes de pression, des lobbys, qui pèsent dans les négociations qui se déroulent dans le cadre de l'OMS ou, plus généralement, de l'ONU et des instances de gouvernance mondiale, peuvent être regroupés au sein de grandes "familles", ce qui n'exclut pas des divergences et des recompositions d'alliances au gré des sujets abordés.
Le Brésil de Lula : une diplomatie active
sur la scène internationale,
du bi-latéralisme au multi-latéralisme 




Poursuite du processus engagé par la déclaration de juin 2003 à Brasilia, lorsque Inde-Brésil-Afrique du Sud (IBAS / India-Brazil-South Africa / IBSA) avaient dévoilé leur intention de défendre ensemble leurs intérêts communs sur la scène internationale. Pour leur troisième conférence annuelle les présidents sud-africain Thabo Mbeki et brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (au centre) ainsi que le Premier ministre indien Manmohan Singh à droite ont concrétisé l'alliance de leurs trois pays lors du sommet de Brasilia de septembre 2006 



Conférence internationale sur les biocarburants
le 5 juillet 2007. De gauche à droite :
José Manuel Barroso, président de l'UE,
Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil,
et José Sócrates, premier ministre du Portugal
Ci-contre : Le président Barack Obama s'entretient avec Luiz Inacio Lula da Silva le 14 mars 2009
à la Maison-Blanche.


Le président chinois Hu Jintao a rencontré son homologue brésilien, Luiz Ignacio Lula da Silva, le 7 septembre 2008 au Japon pour discuter des moyens de renforcer leur partenariat stratégique bilatéral et pour préparer la session du G8 à Hokkaido le lendemain. Ce partenariat stratégique Chine-Brésil, depuis sa mise en place il y a quinze ans, vise à renforcer les relations Sud-Sud entre les deux puissances émergentes sur les sujets tels que le changement climatique, la protection environnementale et l'actuelle crise alimentaire.
(Agence de presse Xinhua, 2008/07/09)
Le premier ministre du Portugal José Sócrates a accueilli le président brésilien Inacio Lula da Silva à Lisbonne pour le sommet bilatéral Union européenne (UE) / Brésil. (juillet 2007)


Le groupe de Cairns, formé en 1986, regroupe 17 pays exportateurs de produits agricoles qui représentent près du tiers des exportations agricoles mondiales et il pèse très fortement dans les négociations agroalimentaires mondiales. Il regroupe des pays d'orientation libérale et prônant l'ouverture des marchés qu'ils jugent en général bénéfique y compris pour les pays en voie de développement. L'UE et les États-Unis sont en général montrés du doigt pour leurs soutiens à leurs agricultures exportatrices. Ce groupe comprend : trois pays dits développés (Australie, Canada, Nouvelle Zélande), des pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) et d'autres pays latino-américains (Bolivie, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala), des pays asiatiques (Indonésie, Malaisie, Thaïlande et Philippines) et un pays africain, l’Afrique du Sud. www.cairnsgroup.org
Le G1O, les ex-"amis de la multifonctionnalité" regroupe des pays développés défensifs dirigés par la Suisse et le Japon et dont les positions sont similaires à celles de l’UE. Ils revendiquent une protection tarifaire élevée en matière agricole. Pour les pays du groupe de Cairns, la multifonctionnalité de l’agriculture est un moyen pour l’UE de défendre ses subventions et autres aides à une agriculture exportatrice.
Le Groupe des 77 a été constitué dans le cadre des Nations unies à la fin de la première CNUCED en 1964 par les pays en développement, alors au nombre de soixante-dix-sept. La Charte d’Alger lui a donné une structure institutionnelle permanente en 1967. Le groupe des 77 comprend 130 pays en 2009 et fonctionne sous le nom d'origine du fait de sa signification historique. www.g77.org- Le G3 est né, en juin 2003, d'une initiative conjointe du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud unis pour défendre leurs intérêts et pour revendiquer une plus grande place dans les organisations multilatérales et, surtout, dans leurs organes de décision. À l'occasion de la réunion du G8 d'Evian cette même année, le G3 fait part de ses revendications par l’entremise du président Lula, porte étendard de ce nouvel axe Sud-Sud exigeant une plus grande justice sociale et économique à l’intérieur d’un système de gouvernance mondiale.
- Le G23 (ex-G20) (à ne pas confondre avec le G20, G8 élargi aux puissances émergentes, forum réunissant les ministres des Finances et les directeurs des Banques centrales de 20 grandes puissances mondiales) est un groupe de pays en développement et émergents qui s'est constitué en août 2003, au cours des travaux de préparation de la cinquième conférence du cyle de Doha à Cancún (septembre 2003), sous l'impulsion des pays du G3, Brésil en tête. Ces pays du Sud, dotés d'un fort potentiel agro-exportateur, annoncent leur intention de négocier en bloc le retrait des subventions agricoles américaines et européennes, ainsi qu’un meilleur accès aux marchés agricoles des pays développés. Constatant la forte relation entre le développement et l’agriculture, les pays signataires de la déclaration de Cancún manifestent leur volonté d’intégrer complètement l’agriculture aux règles du système de commerce multilatéral afin d’éliminer les distorsions prévalant dans le commerce et la production agricoles. Le G20 représente plus de la moitié de la population mondiale et les deux tiers de ses agriculteurs mais le groupe est assez hétérogène et à géométrie variable. Il a cependant pu engendrer des alliances suffisamment efficaces pour déstabiliser les grandes puissances et a permis au Brésil d’affirmer son leadership. met en évidence l’objectif de l’administration brésilienne de développer des alliances stratégiques aux tables de négociations de l’OMC. Le président Lula fonde de grands espoirs sur ces nouvelles alliances Sud-Sud, qui lui apparaissent indispensables pour créer un nouveau rapport de force face aux pays du Nord dans les négociations commerciales.
En 2009, le groupe s'est élargi et comporte 23 membres (G23) : cinq africains (Egypte, Nigeria, Afrique du Sud, Tanzanie et Zimbabwe), six asiatiques (Chine, Inde, Indonésie, Pakistan, Philippines et Thaïlande) et douze latino-américains (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Cuba, Equateur, Guatemala, Mexique, Paraguay, Pérou, Uruguay et Venezuela).
www.g-20.mre.gov.br/index.asp
- Le G90 est une autre coalition stratégique rassemblant d'autres pays du Sud qui, encouragés par le succès du G20, se sont regroupés pour faire valoir leurs revendications concernant l’agriculture aux tables de négociations de l’OMC. Il s'agit des pays de l’ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) et des PMA (Pays les moins avancés) qui réclament des conditions spéciales en matière d’accès aux marchés et le maintien des traitements spéciaux pour les PED. À Cancún, le G20 et le G90 avaient fait front commun pour exiger l’élimination des subventions aux producteurs de coton étatsuniens.
Synthèse documentaire et édition web : Sylviane Tabarly,
pour Géoconfluences, le 15 mai 2009
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  Le cadre général des échanges internationaux :
organisation des marchés, fluctuations des cours
(cette page pourra favoriser les rapprochements
interdisciplinaires avec les Sciences économiques)
Les matières premières agricoles peuvent être négociées de différentes manières, sur différents types de marchés. À côté des marchés au comptant (ou "spot"), pour un échange immédiat de la marchandise, et des marchés à livraison différée (ou "forward"), pour une livraison de la marchandise à une date future avec un prix établi à l'avance, se sont développés les marchés à terme, ou futures.

Le marché à terme définit un prix d'échange pour un produit donné et pour une date ultérieure. Ce prix, formé par la libre confrontation de l'offre et de la demande, sert de repère pour de nombreuses décisions économiques telles que la mise en production, le stockage ou la transformation des matières premières agricoles. La mise en place d’un marché à terme répond généralement à deux objectifs : rassembler en un seul lieu les acheteurs et les vendeurs afin d’organiser la confrontation de l’offre et la demande (unicité des prix à un instant donné, standardisation des contrats) ; établir et faire respecter les règles qui assurent que la négociation prend place dans un environnement ouvert et compétitif. Tout agent (opérateur) est capable de prendre une position sur le marché, qu'il soit acheteur ou vendeur.
Ces marchés à terme offrent donc, entre autre, la possibilité d'une transaction sans livraison effective : les opérations  sur le marché peuvent être conduites indépendamment des opérations physiques. La négociation porte alors sur des échanges futurs de produits dont le prix fluctue sur le temps. Le marché à terme permet l’émergence d'un prix à terme pour chaque date de livraison : c’est la formation des cours. En règle générale, le prix à terme est supérieur au prix "spot" (ou immédiat), puisqu'il intègre aussi les coûts financiers et de stockage.

Puis sont apparues les "options", qui sont simplement une assurance (vendue ou achetée) sur le prix futur d'un produit. Il peut s’agir d’options d’achat d’une matière première ("call") ou de vente ("put"). Acheter une option d’achat signifie payer pour le droit d’acheter un produit à un certain prix, soit à une date de livraison spécifiée ("option à l’européenne"), soit à n’importe quel moment avant cette date ("option à l’américaine").
Les opérations à terme et les options peuvent être conclues de gré à gré entre deux acteurs individuels (par exemple, entre une banque et une entreprise de transformation). Ces opérations de gré à gré donnent lieu à des flux très importants mais moins bien connus que ceux qui passent par les marchés organisés. Les entreprises de transformation, qui doivent connaître le prix de leurs matières premières, achèteront des contrats à terme ou des options d’achat.

Comment le prix des aliments dans nos assiettes peuvent-ils rester globalement stables et prévisibles alors que le prix des ingrédients (matières premières de base) peut se révéler volatil sur les marchés spot ? L’une des méthodes pour stabiliser le prix des matières premières échangés entre producteurs et transformateurs est constituée par les produits dits de couverture du risque de prix (hedging). Cette pratique de se protéger contractuellement contre le risque de prix semble être apparue dans le domaine des échanges de riz au Japon au XVIIe siècle. En effet, étant donné le caractère saisonnier de la production de grains, il n’y a généralement pas coïncidence des moments où producteurs et transformateurs se retrouvent sur le marché : l’achat/vente de produits dérivés tels que les contrats à terme et les options a constitué une solution à cette difficulté en fournissant des outils efficaces pour sécuriser les profits et atténuer les risques tout au long des filières alimentaires, aussi, les volumes de produits dérivés échangés sur ces marchés devraient-ils continuer à progresser.

Les opérateurs en couverture de risques ("hedgers" en anglais) peuvent être une coopérative, un négociant ou une industrie agroalimentaire (IAA) qui cherche à se prémunir contre une fluctuation (selon les opérateurs, à la hausse ou à la baisse) des cours. Ils achètent (ou vendent) plusieurs mois et jusqu’à un an à l’avance pour se garantir un prix définitif. Ils y parviennent en prenant sur le marché à terme des positions inverses à celles qu’ils ont sur le produit physique, positions qu’ils dénouent au moment de la livraison (ou de la réception) effective du produit, les pertes enregistrées sur une opération étant équilibrées par les gains symétriques réalisés sur l’autre. Le marché à terme joue donc le rôle d’une assurance de prix pour les "hedgers". Quant au risque qu’ils ne veulent pas prendre, il est pris en charge par les "speculators" qui interviennent à la hausse ou à la baisse pour réguler le marché.
Acteurs, risques et marchés à terme (MT)
Opérateur
Action entreprise, sa durée (position)
Nature et durée du risque
Fin de la prise de risque,
hors MT
Couverture du risque sur les MT
Agriculteur
Mise en culture, position longue
Le prix obtenu est inférieur au prix anticipé à la mise en culture
Vente de la production
Vente de contrats
Éleveur, engraisseur
Engraissement d'un lot d'animaux,
position longue
Le prix de vente des animaux doit couvrir les coûts et assurer un revenu
Vente du lot des animaux
Vente de contrats
Coopérative de collecte
Apports des adhérents et paiement au prix moyen,
position longue
Risque de défection des adhérents en cas de prix obtenu insuffisant
Vente des productions collectées
Vente de contrats
Négociant
Vente de produits agricoles livrables et payables en différé, position courte
Le prix d'achat des produits agricoles doit être inférieur au prix de vente négocié
Achat des produits agricoles à livrer
Achat de contrats
Utilisateur, transformateur, industriel
Position courte
Mise en concurrence sur le marché aval
Achat des matières premières
Achat de contrats
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Le terme de "base" est utilisé pour désigner
 la différence entre le prix du marché à terme et le prix du marché physique local pour une même qualité de matière première. La base résulte de trois composantes :

- la distance car à tout moment le cours au comptant d'une marchandise en un point donné est différent de celui qui prévaut au lieu de la livraison sur le marché à terme, cette différence reflétant le coût du transport d'un produit de son lieu de production à sa zone de consommation et l'équilibre entre offre et demande aux deux localisations,
- le temps qui intègre les anticipations des opérateurs quant à l'évolution des cours, essentiellement composé du coût du stockage, de la prime d'assurance et du coût du financement,

- la qualité, qui tient compte des écarts entre la production livrée et la qualité de référence pouvant donner lieu à des primes ou à des décotes.
Le volume d'activité sur les marchés à terme a beaucoup augmenté ces dernières années. Ceci concerne tous les produits, financiers et autres ; en 2006 et 2007, les produits agricoles, qui représentent 4% du nombre de contrats négociés, ont vu croître leur volume un peu plus vite que la moyenne. En mai 2008, le total des positions longues sur le seul marché de Chicago s’élevait à 25% des récoltes annuelles de maïs et de soja, et à 8% pour le blé, ce qui est très élevé.

De nombreux marchés à terme gèrent les matières premières agricoles, à côté des produits financiers, des produits énergétiques et des métaux précieux ou non. Les principaux sont situés aux États-Unis (CME, ICE) et en Europe (NYSE-Euronext). D'autres marchés plus petits existent (Kansas City, Minneapolis…) et, surtout, de grands marchés se développent dans les pays émergents, en particulier le Dalian Commodity Exchange en Chine (premier des trois marchés chinois) et le Bolsa de Mercadorias & Futuros (BM&F) au Brésil.
Matières premières agricoles :
principaux marchés à terme dans le monde 
Marché
Lieu de cotation
Produits agricoles cotés
Autres produits cotés sur ce marché
Chicago mercantile exchange (CME)Chicago (Chicago board of trade, CBOT) et New York- maïs, blé, soja (graine, huile, tourteau), éthanol
- produits laitiers, bétail, porc, bois, pâte à papier, cacao, coton, café, sucre brut
métaux précieux, produits climatiques, produits financiers, métaux, énergie
NYSE - EuronextLondres (Liffe)
Paris (ex Matif)
cacao, café, sucre blanc, blé fourrager, blé meunier, maïs, colza, ...produits financiers
Intercontinental Exchange (ICE)New Yorksucre brut, colza, coton, cafépétrole, gaz et autres produits énergétiques
Dalian Commodity Exchange (DCE)Chinemaïs, soja (graine, tourteau, huile), palme (oléine)polyéthylène
Bolsa de Mercadorias & Futuros (BM&F)Brésilsucre blanc, coton, café, soja, maïs, éthanol, bétailproduits financiers, or, ...
Multi Commodity Exchange (MCE)Indemaïs, huiles, épices, coton, café, cajou, ...métaux, énergie, crédits carbone, ...
Le Chicago Board of Trade (CBOT) est le premier marché à terme du monde. Aux États-Unis, les marchés à terme ont débuté sur les marchés de grains au milieu du XIXe siècle. Le CBOT, ouvert en 1848, est aujourd’hui le marché leader mondial en termes de contrats à terme (futures) et d’options, fournissant des outils de fixation des cours et de gestion du risque de prix pour divers marchés : matières premières agricoles, taux d’intérêt, actions et métaux. Ainsi, des matières premières majeures pour le secteur agricole y sont traitées : maïs, soja (pour les États-Unis et l’Amérique du Sud), avoine, blé, riz et éthanol. Plus de 3 600 membres / actionnaires du CBOT négocient cinquante types de contrats à terme et d’options, soit à la corbeille soit électroniquement. L’offre et la demande globales de céréales et d’oléagineux se rencontrent sur le CBOT sous la forme d’ordres d’achat (bids) et d’ordres de vente (offers) et aboutissent à la formation des prix, considérés comme une référence dans le monde entier.

Dans un contexte de crise économique mondiale et de fortes turbulences et tensions
 sur les prix des matières premières agricoles, des critiques émergent et des questions se posent sur les limites, ou les contrôles, qui pourraient être appliqués aux investisseurs financiers sur ces marchés. Ainsi, aux États-Unis, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a été la cible d’attaques en provenance notamment de certains comités du Congrès qui souhaiteraient encadrer légalement et limiter l’activité des grands investisseurs institutionnels sur les marchés de matières premières. Et l’Inde, particulièrement touchée par la hausse conjoncturelle des prix alimentaires, a interdit les échanges à terme sur le blé et le riz en 2007 et décidé de suspendre les échanges à terme sur l’huile de soja et d’autres matières premières entre mai et septembre 2008. Les résultats de ce type de mesures ne sont pas totalement concluants d’après les rapports d’experts.

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Des exemples d'oscillations des cours mondiaux : soja, sucre

La demande d'huile de soja pour la fabrication de biodiesel devrait être limitée par le haut niveau des prix de ce produit, ainsi que par la baisse des prix du pétrole brut. Aux États-Unis, la législation adoptée en matière d'énergie en 2007 suppose une multiplication par trois de la consommation de biodiesel à l'horizon 2012. Pour 2009, ce sont 500 millions de gallons de biodiesel qui sont censés être vendus dans le pays, ce qui représenterait une augmentation substantielle par rapport aux niveaux antérieurs. On s'attend de ce fait à ce que les prix restent à un niveau élevé par rapport aux tendances passées, avec une moyenne de 390 dollars la tonne en 2009 et 385 dollars en 2010. Mais si les mandats étaient suspendus, les prix baisseraient encore plus. Ces mandats en matière de production de biodiesel sont également réexaminés ailleurs, notamment dans les pays de l'UE où l'essentiel de cette production est à base d'huile de colza, produit de substitution proche de l'huile de soja (l'UE est le plus gros producteur de biodiesel au monde).

Les cours du sucre ont marqué une hausse tendancielle forte et soutenue à partir de mai 2005, à la suite d’un déficit de la production mondiale durant trois années consécutives, des prix élevés du pétrole et de l’énergie, d’une croissance constante de la consommation de sucre et d’un détournement accru de la canne à sucre au profit de la production d’éthanol au Brésil, le principal exportateur mondial de sucre.
Les exportations brésiliennes représentent depuis quelques années plus de 40% des exportations mondiales, alors même que 60% de la production de canne à sucre est destinée à la production d’éthanol. La plupart des producteurs brésiliens ont la capacité de produire à la fois de l’éthanol et du sucre et peuvent facilement consacrer une partie de leur récolte de canne à sucre à l’un ou l’autre de ces produits. La forte diminution des prix du pétrole incitera probablement les producteurs brésiliens à accroître leur production de sucre, ce qui devrait empêcher une hausse des cours du sucre à moyen terme.
La modification du régime du sucre de l’Union européenne (UE), convenue par le Conseil des ministres de l’agriculture de l’UE en novembre 2005, devrait aussi contribuer à la hausse des cours mondiaux. Le programme de réforme prévoit une réduction de 36% en quatre ans, à partir de juillet 2006, du prix de soutien au sucre et l’abolition du prix d’intervention qui sera remplacé par un prix de référence. À terme, les cours mondiaux du sucre devraient rester fermes et stables aux niveaux actuels car les indicateurs de base de l’offre et de la demande sur le marché mondial du sucre n’annoncent pas un nouveau raffermissement des prix, à moins d’événements météorologiques extrêmes ou d’une hausse constante des prix du pétrole brut.

Sources : Banque mondiale, notes de synthèse des produits de base :
http://web.worldbank.org/external/default/.../
> le soja (soybean) : http://siteresources.worldbank.org/INTGBLPROSPECTFRE/.../soybeans_FR.pdf
> le sucre (sugar) : http://siteresources.worldbank.org/INTGBLPROSPECTFRE/.../sugar_FR.pdf

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Sources et Ressources

- Catherine Mollière - Matières premières agricoles : nouvelle donne planétaire et volatilité accrue des prix, Crédit agricole, Eclairages, n°124, Juillet 2008
http://kiosque-eco.credit-agricole.fr/medias/Eclairages_124_300608.pdf

- Oeconomia.net, cours, colloques et conférences, Arnaud Diemer, Université Blaise Pascal, Clermont Ferrand, IHEDREA, Paris
> Colloque "Nourrir les hommes. Alimentation mondiale : les limites de la régulation marchande", IUFM Auvergne Clermont Ferrand, 28 janvier 2009
> Conférence "Les marchés à terme : quelles perspectives ?", Tilloy, 5 février 2009
www.oeconomia.net

- Cours d'économie agricole : www.oeconomia.net/economieagricole.htm

- Charvet : www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1538&var_recherche=br%E9sil
- FAO, rapports bisannuels sur la situation mondiale des marchés agricoles
www.fao.org/docrep/009/a0950f/a0950f00.htm

- Le Chicago board of trade (CBOT) : www.cbot.com
- Informations sur les cours des matières premières par le Centre de recherche en économie appliquée (CEPEA). www.cepea.esalq.usp.br/francais Par exemple, pour le soja : www.cepea.esalq.usp.br/soja

- Informations francophones sur les marchés, SIAC, groupe de presse professionnelle dédié aux informations de la fourche à la fourchette : www.siac.fr/siacweb/www/home.htm
> Les marchés, le quotidien de l'agroalimentaire : www.lequotidienlesmarches.fr/index.php
- Banque mondiale, notes de synthèse des produits de base :
http://web.worldbank.org/external/default/.../
Par exemple :
> le soja (soybean) : http://siteresources.worldbank.org/INTGBLPROSPECTFRE/.../soybeans_FR.pdf
> le sucre (sugar) : http://siteresources.worldbank.org/INTGBLPROSPECTFRE/.../sugar_FR.pdf
US Commodity Futures Trading Commission (CFTC) : www.cftc.gov

The National Bureau of Economic Research : www.nber.org/digest/jan05/w10674.html

Sélection et synthèse documentaire, édition web : Sylviane Tabarly (Dgesco / ENS LSH),
pour Géoconfluences le 15 mai 2009
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Géographie vivante, active

La géographie, nombreux sont ceux qui en font sans le savoir ! Nous proposons ici des pistes pour découvrir une géographie appliquée et "hors les murs" qui incite à :
- nouer des contacts avec des partenaires extérieurs au monde de l'éducation : autres administrations, entreprises, responsables politiques, associations, etc.
- mettre les élèves en situation active.
  Autour du fonctionnement de l'Organe de règlement des différends (ORD)


Rappelons que l'Organe de règlement des différends (ORD) est une juridiction internationale introduite lors de la création de l’OMC (1995), source de droit dans les échanges commerciaux mondiaux et autorisé à sanctionner financièrement les États. Il dispose d'un pouvoir de sanction unique dans le droit international. Le Brésil en est membre de l'OMC depuis l'origine en 1995.
Mener l'enquête avec l'ORD : les conflits commerciaux dans le monde de l'agroalimentaire

Dans le cadre des règles de l’OMC, l'ORD est donc source de droit international, autorisé à sanctionner financièrement les États. Le Mémorandum d'accord sur le règlement des différends fixe ainsi les nouvelles règles du jeu entre États :

"Le mécanisme de règlements des différends qui fonctionne depuis le Traité de Marrakech (janvier 1995) dans le cadre de l’OMC est un système destiné à trancher les contentieux commerciaux entre les parties. C’est un système à plusieurs étages qui comporte une procédure préalable de consultation débouchant éventuellement si aucun accord n’est trouvé entre les parties sur un panel dont les conclusions sont contraignantes."

Quelles sont les plaintes dont le Brésil est la cible (défendeur) ? Et inversement, quelles sont les plaintes qu'il porte auprès de l'ORD (plaignant) ? Et, dans les deux cas, quels sont les pays membres de l'OMC concernés ? Cette page contient des renseignements concernant la participation du Brésil aux activités de l'OMC : www.wto.org/french/thewto_f/countries_f/brazil_f.htm
Domaines de compétence de l'OMC (WTO) : www.wto.org/french/tratop_f/tratop_f.htm
> le règlement des différends (ORD) : www.wto.org/french/tratop_f/dispu_f/dispu_f.htm
> différends par pays : www.wto.org/french/tratop_f/dispu_f/dispu_by_country_f.htm
On constate que le Brésil, en tant que plaignant, a été à l'origine de 24 affaires et que, en tant que défendeur, il a été concerné par 14 affaires.


> différends par sujet : www.wto.org/french/tratop_f/dispu_f/dispu_subjects_index_f.htm
Des exemples susceptibles de concerner, directement ou indirectement, le Brésil : bois, café, coton, céréales, forêts, huile de soja, jus d'orange, OGM, sucre ...

Exemples récents de plaintes brésiliennes :
vs États-Unis : Réexamens administratifs antidumping et autres mesures concernant les importations de certains jus d'orange en provenance du Brésil
www.wto.org/french/tratop_f/dispu_f/cases_f/ds382_f.htm
vs États-Unis : Soutien interne et garanties de crédit à l'exportation pour les produits agricoles
www.wto.org/french/tratop_f/dispu_f/cases_f/ds365_f.htm

Les litiges en matière de commerce international agroalimentaire n'aboutissent pas tous auprès de l'ORD. 
Un exemple : la viande de bœuf, Union européenne vs Brésil
Le Brésil tente d'infléchir l'embargo imposé par Bruxelles
sur sa viande de bœuf
La viande de bœuf brésilienne ne part plus vers l'Europe. L'Union européenne (UE) l'a déclarée indésirable le 1er février 2008. Bruxelles a suspendu sine die toute importation, faute d'avoir obtenu les garanties sanitaires suffisantes.
Cet embargo est un coup dur pour Brasilia. Le Brésil est le premier exportateur de viande de bœuf, avec 2,3 millions de tonnes en 2007, soit le 1/3 du marché mondial. (...) Et l'UE est son premier client, elle lui achète, en valeur, près du 1/4 de sa production.
La sanction européenne était en germe depuis que les experts de l'UE avaient émis des doutes, il y a deux ans, sur la rigueur des procédures de traçabilité du cheptel brésilien touché par la fièvre aphteuse. En novembre 2007, une mission vétérinaire européenne avait identifié sur place "plusieurs déficiences graves et répétées" dans le système sanitaire animal.
(...) Le Brésil avait soumis à Bruxelles une liste de quelque 2 600 fermes, en règle selon lui, mais bien trop nombreuses pour pouvoir être acceptées par la Commission. Celle-ci a donc préféré mettre sa menace à exécution au nom du principe de précaution.
Brasilia ne pouvait pas ne pas réagir à cette décision jugée "injustifiée, inutile et disproportionnée". Le chef de la diplomatie brésilienne, Calso Amorim, en visite à Madrid, a qualifié la mesure européenne de "protectionniste". Mais la polémique n'est pas allée plus loin. L'idée de déposer une plainte auprès de l'OMC a été évoquée puis vite oubliée. Après avoir admis du bout des lèvres "de petites défaillances", le ministre de l'agriculture, Reinhold Stephanes, a finalement reconnu que des contingents de viande avaient été expédiés en Europe sans avoir été correctement contrôlés.
Reste à négocier un compromis. L'UE voudrait voir limiter à 300 le nombre d'exploitations autorisées à exporter. Rabaissant spectaculairement ses prétentions, le Brésil a déposé auprès de Bruxelles une liste de 600 élevages. La recherche d'un accord pourrait durer au moins quatre mois. (...)
Le Brésil devra être irréprochable pour que Bruxelles puisse imposer sans état d'âme, le jour venu, la levée de l'embargo à ses concurrents européens les plus virulents, la Grande-Bretagne et l'Irlande en particulier. Les éleveurs irlandais, au-delà de leurs inquiétudes légitimes, ont applaudi très fort à la décision de l'UE pour une raison notoire : ils souffrent chez eux, depuis plusieurs années, de la concurrence de la viande brésilienne, beaucoup moins chère.
En attendant, l'embargo a fait des heureux au Brésil même. L'écoulement de la viande bannie en Europe a entraîné une baisse du prix du steak de 20% sur les marchés de Rio et de São Paulo.
Jean-Pierre Langellier, Le Monde, 18 février 2008

Conception de projet

- Recherche d'importateurs de produits agroalimentaires brésiliens en France
- Enquête sur les conditions économiques et juridiques des transactions
Documentation, propositions : Sylviane Tabarly,
le 15 mai 2009
 
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